«Ça sera dur, très dur», confie un diplomate européen. La Commission des Nations unies pour les droits de l'homme qui débute ses travaux ce lundi risque d'être celle de tous les dangers. Loin d'être «la conscience morale de la communauté internationale», sa cuvée 2001 pourrait n'être «ni très productive, ni très objective», met en garde Antoine Bernard, de la Fédération internationale des droits de l'homme (FIDH). Car, renouvellement oblige, des pays connus pour leurs atteintes aux libertés – la Libye, la Syrie, l'Arabie saoudite, l'Algérie, le Vietnam… – font partie cette année des 53 Etats-membres de la Commission. De quoi s'inquiéter, comme le relève Reed Brody, de Human Rights Watch: «Ces gouvernements ont tout fait pour siéger à la Commission. Ils savent que c'est encore le meilleur moyen de prévenir toute mise en accusation de leurs pratiques. D'autant que beaucoup de résolutions qui épinglent les Etats sont adoptées par consensus, ce qui revient de facto à donner un droit de veto aux gouvernements qui devraient être mis en accusation!»

Dans ce climat peu serein, le dossier de la Palestine sera explosif. Les cercles diplomatiques occidentaux appréhendent «le pire»: «Il n'y a aucune négociation en cours, aucun espoir en vue d'un règlement. Du coup, la Commission des droits de l'homme va devenir l'exutoire de la frustration du monde arabo-islamique», s'inquiète-t-on. Quelques émissaires ont contacté des ambassadeurs des pays arabes modérés pour qu'ils tentent de freiner les plus radicaux. Mais cette tentative n'a guère donné de résultats. Certains redoutent que «des groupes palestiniens se livrent à une escalade de la violence dans les territoires, en vue de profiter de la tribune que constitue la Commission des droits de l'homme à Genève». Le débat sur le conflit israélo-palestinien risque non seulement de cristalliser la tension sur d'autres sujets «chauds» ayant trait au Moyen-Orient, comme la situation en Irak et en Iran, mais aussi menace de «pourrir» l'atmosphère générale des discussions.

«Camouflet russe»

Pour noircir encore le tableau, les Européens, traditionnels moteurs de la Commission, se sont montrés d'une grande prudence face aux deux pays puissants que sont la Russie et la Chine. Toutes les grandes organisations non gouvernementales dénoncent avec force «l'humiliation et le camouflet» que Moscou a infligé à la Commission des droits de l'homme en ne tenant pas «un seul de ses engagements» (enquête nationale sur les exactions, identification des responsables de crimes, ouverture de la Tchétchénie à des observateurs). «Il n'y a pas si longtemps, commente Reed Brody, les forces russes semaient la terreur par les bombardements. Aujourd'hui, la seule chose qui a changé, c'est que désormais ce sont des hommes cagoulés qui terrorisent la population civile.»

Face à la Chine, les Quinze s'étaient retranchés ces dernières années sur «le dialogue constructif» avec Pékin pour éviter toute confrontation. Mais de l'aveu général, les résultats sont décevants. Quant à la nouvelle administration Bush, elle a déjà déclaré qu'elle soumettrait un projet de résolution pour condamner les violations des droits de l'homme commises par Pékin. Mais beaucoup d'observateurs se demandent si Washington va véritablement faire un travail de lobbying pour que cette résolution passe, ou s'il ne s'agit pas plutôt «d'un show destiné à la galerie, histoire de satisfaire l'opinion publique américaine».

Enfin, Amnesty international entend mettre les projecteurs sur l'Arabie saoudite qui n'a jamais été épinglée, en dépit d'une discrimination sexuelle institutionnalisée et de très graves atteintes aux libertés. Mais les intérêts économiques en jeu sont tels que les chances d'une condamnation de Riyad sont particulièrement minces.