Cinq jours après le cyclone qui a ravagé les côtes birmanes, l'aide internationale est toujours bloquée par la junte militaire. Etats, ONG et autres institutions ont fait des promesses de dons et mobilisé des ressources matérielles et humaines. Ne manque que le feu vert des autorités pour commencer à agir. Selon le dernier bilan officiel, 42000 personnes sont toujours portées disparues et les sans-abris sont estimés à un à deux millions. Mercredi soir, la chargée d'affaires américaine en Birmanie, citant un responsable des secours, déclarait même que que le bilan pourrait dépasser les 100 000 morts.

Les appels se multiplient à travers la planète pour que les dirigeants ouvrent le pays aux humanitaires étrangers. Hier, la France a proposé que le Conseil de sécurité des Nations unies adopte une résolution obligeant le régime de Than Shwe à plier, au nom de la «responsabilité de protéger». L'ONU a répondu par un communiqué: «Etant donné l'ampleur du désastre, le secrétaire général exhorte le gouvernement de la Birmanie à répondre à la vague de soutien et de solidarité internationale en facilitant l'arrivée des travailleurs humanitaires et l'entrée des denrées et matériels de secours.»

Aide insuffisante

Pour l'heure, seules les équipes déjà sur place avant la catastrophe peuvent officier. Save the Children, notamment, a distribué de l'aide à quelque 30000 survivants, la Croix-Rouge locale à 2000 et Médecins sans frontières à 5000. Des secours largement insuffisants. La fédération internationale de la Croix-Rouge a lancé une collecte de fonds à hauteur de 6,29 millions de francs suisses. «Cela devrait permettre de pourvoir aux besoins de 30000 familles pendant six mois, annonce Marie-Françoise Borel, porte-parole de l'organisation. Nous manquons cruellement d'informations sur l'ampleur des dégâts mais il est fort probable que nous devions revoir les chiffres à la hausse.»

En attendant le droit d'entrée sur le territoire birman, les ONG préparent le matériel. Des dizaines de délégués et des centaines de tonnes d'équipements n'attendent qu'un visa ou une autorisation pour partir.

La junte a appelé la communauté internationale à l'aide, tout en proposant de distribuer elle-même les vivres, l'eau, les médicaments ou les tentes fournies par l'extérieur. Une condition sans doute destinée à se racheter auprès de la population mais jugée irrecevable par les organisations humanitaires. «Nous souhaitons assurer nous-mêmes les opérations sur place, indique Marçal Izard, porte-parole du CICR. Le matériel médical est coûteux et compliqué à utiliser, il nécessite un personnel compétent.» «C'est une question de respect vis-à-vis de nos donateurs, souligne Jean-Sébastien Matte, responsable adjoint des urgences à Médecins sans frontières Suisse. Nous devons être sûrs de l'utilisation de nos contributions.»

«S'il y a une catastrophe dans la catastrophe, ce sont les autorités birmanes», a résumé Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères.