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Jeune clandestin à la frontière mexicaine.
© LARRY W. SMITH/EPA

Éditorial

Le cynique jeu migratoire de Trump 

EDITORIAL. Coup politique ou aveu d’impuissance, la double volte-face du président américain dans le dossier des enfants clandestins révèle un chaos aux conséquences potentiellement dramatiques

Des deux côtés de l’Atlantique, le tableau migratoire est sombre. Des murs s’érigent. Alors que l’Union européenne se prépare à un sommet crucial en s’écharpant à propos des navires humanitaires qui peinent à trouver des ports d’accueil, la situation est tout aussi opaque et confuse aux Etats-Unis.

Acte I: Donald Trump annonce l’incarcération systématique des clandestins à la frontière mexicaine. Les enfants sont séparés de leurs parents et engrillagés. Acte II: tollé contre ces mesures «barbares et immorales». Le président est contraint de faire marche arrière. Il annonce que les familles resteront ensemble. En détention. Acte III: deuxième rétropédalage. Faute de places pour enfermer les familles, Trump doit admettre que les clandestins avec enfants ne seront momentanément plus poursuivis.

Il y a deux manières de lire cette séquence. La première est la suivante: Trump veut prouver une fois de plus à ses électeurs qu’il est le roi incontesté de la politique de «tolérance zéro» et qu’il tient ses promesses. Habile, il provoque, et fait pression sur le Congrès pour obtenir les 15 à 20 milliards de dollars nécessaires pour construire son mur à la frontière avec le Mexique, sans lésiner sur les chantages. Il impose son tempo, place le dossier au cœur du débat. Il agite les passions, stimule ses partisans et parvient même, en faisant marche arrière, à laisser croire qu’il sait se montrer humain. Un sacré coup politique.

La seconde lecture paraît plus appropriée. Donald Trump peut bien sûr se glorifier d’une importante victoire engrangée mardi – la Cour suprême vient de valider son très controversé décret migratoire –, mais il n’a pas su mesurer le tsunami de réactions que provoquerait sa cruelle et inimaginable décision concernant les enfants clandestins, suggérée d’ailleurs par le conseiller à l’origine du décret. Dépassé, il met en exergue les limites de sa politique d’improvisation, son absence d’empathie et sa méconnaissance des réalités du terrain. Une erreur stratégique. Une sacrée claque, aussi. Parmi ses électeurs, sa décision braque avant tout les femmes, les jeunes, les Latinos et les évangéliques. Plutôt mauvais à quelques mois des élections de mi-mandat.

Une chose est sûre: Trump a provoqué un chaos aux conséquences potentiellement dramatiques. Un tribunal de San Diego vient d’ordonner la rapide réunification des illégaux séparés. Sur les 2350 enfants privés de leur famille, seuls 500 l’auraient retrouvée. Certains sont placés dans des foyers à des milliers de kilomètres de leurs parents, parfois déjà expulsés vers leur pays d’origine. Perdus dans les méandres de l’administration américaine et sans moyen d’entrer en contact avec eux. Le summum de l’inhumain. Les gesticulations, les tours de passe-passe et le cynisme politique de Donald Trump ne doivent pas faire oublier cette réalité-là.

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