Malgré l’annonce la semaine dernière du relèvement du salaire minimum, les travailleurs du textile au Bangladesh restent parmi les moins biens payés au monde. L’Organisation internationale du travail (OIT) présentait lundi un rapport exhortant le Bangladesh à améliorer les piètres conditions de travail dans ce secteur clef, principal moteur de la croissance du pays. Ces conditions avaient conduit à l’une des pires catastrophes industrielles de l’histoire avec l’effondrement du Rana Plaza en avril dernier. 1129 employés, en majorité des femmes, avaient péri sous les décombres de ce complexe qui abritait plusieurs ateliers.

L’OIT appelle le Bangladesh à renforcer les contrôles de sécurité dans les usines, à améliorer la protection sociale des employés, à lutter contre l’emploi informel et à imposer des salaires minimaux effectifs. Au même moment, de nouvelles manifestations avaient lieu à Dacca et dans ses environs, provoquant la fermeture de 140 usines travaillant pour des marques occidentales. Des heurts avec la police accusée d’avoir ouvert le feu ont fait deux morts et plusieurs blessés à Gazipur, au nord de la capitale.

Les protestataires ne se satisfont pas de l’augmentation de 78% à 68 dollars par mois du salaire minimum annoncée mercredi dernier. Les producteurs de vêtements avaient alors consenti à cette revalorisation sur l’injonction du gouvernement. L’annonce est intervenue en pleine campagne électorale, avant les législatives prévues en janvier.

Mesure controversée

Plus de 4 millions d’employés devraient bénéficier de cette revalorisation salariale mais plusieurs syndicats estiment que les ouvriers expérimentés n’en profiteront pas et que certains patrons ont réagi en supprimant des indemnités de repas et de transport. Selon l’OIT, le Bangladesh n’avait adapté le salaire minimum dans la confection que trois fois depuis son introduction en 1985. Même payés 68 dollars par mois, les ouvriers nouvellement embauchés seront toujours moins bien lotis que dans les autres grands pays exportateurs de textile, comme au Cambodge (80 dollars), en Inde (71), au Pakistan (79), au Sri Lanka (73) et au Vietnam (78).

Indemnisations attendues

Depuis la catastrophe du Rana Plaza, «une dynamique est en marche», assure Gilbert Houngbo, directeur général adjoint pour les opérations extérieures de l’OIT. Le gouvernement a recruté 90 inspecteurs du travail sur les 200 promis pour la fin de l’année. Ils doivent encore être formés par l’OIT. «C’est encore insuffisant, car même les employeurs reconnaissent qu’il en faudrait deux fois plus pour inspecter les 3500 usines textiles actives dans le pays», reconnaît Gilbert Houngbo.

Quant aux négociations sur l’indemnisation des victimes du Rana Plaza, elles piétinent. Pour l’instant, seules quatre marques parmi la vingtaine qui se fournissaient au Rana Plaza ont accepté le principe de dédommagements, dénoncent les syndicats et les ONG. Il s’agit de l’entreprise anglaise Primark, de l’italienne Benetton, de la canadienne Loblaw et de l’espagnole El Corte Ingles. «D’autres, comme Walmart, ne répondent même pas à nos courriers», regrette Monika Kemperle, secrétaire générale adjointe du syndicat Indusriall.

«Une fois qu’un accord sera finalisé, cela constituera un précédent et d’autres entreprises se joindront à l’effort d’indemnisation», estime Gilbert Houngbo. Il espère une solution d’ici la fin de l’année.