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Des membres des forces irakiennes à 30 kilomètres au sud de Mossoul.
© AHMAD AL-RUBAYE / AFP

Irak

«Daech a placé des durs aux postes de commandement à Mossoul»

Agrégé d’histoire et spécialiste des questions de défense, Stéphane Mantoux s’attend à une résistance très résolue de la part de l’Etat islamique

Le Temps: Que peut-on dire après les premières heures de la bataille de Mossoul?

Stéphane Mantoux: En fait, nous sommes maintenant dans l’application d’un plan à très long terme qui avait déjà démarré il y a plus de six mois, avec des progressions en saut de puce en direction de Mossoul. La phase actuelle consiste à s’approcher du terrain bâti avant d’entrer dans la ville elle-même. En gros, un quart du siège est aujourd’hui assuré par les Kurdes irakiens, tandis que les troupes de l’armée irakiennes sont stationnées au sud aux côtés de milices chiites pro-iraniennes. Mais il y a aussi beaucoup d’autres acteurs que l’on a tendance à oublier, comme les quelque 2000 combattants de l’ancien gouverneur de Mossoul, Athil Al-Nujaïfi, qui est financé par la Turquie et donc très contesté. Ou encore d’autres milices sunnites, chrétiennes ou yézidies. C’est un patchwork très complexe, et c’est sans doute ce qui explique qu’il ait fallu beaucoup de temps pour établir le plan de bataille.

- Serait-il possible que certains acteurs ne s’en tiennent pas au plan prévu, et tentent de tirer avantage de la situation?

- C’est toute la question. Lors de la prise de Falloujah (en juin), un plan similaire avait été mis en place, en prévoyant que, après le siège, seules les troupes de l’armée irakienne pénétreraient dans la ville. Or il n’en a rien été, puisque les milices chiites sont tout de même entrées, se rendant coupables de nombreuses exactions. A Mossoul, ces mêmes milices (regroupées au sein de la Mobilisation populaire) ne se sont pas engagées pour l’instant. Mais il est très vraisemblable qu’elles interviendraient si l’armée irakienne venait à s’enliser.

Lire aussi: Enjeux, forces en présence et rivalités: ce qu’il faut savoir de a la bataille de Mossoul

- Que peut-on dire jusqu’ici de la réaction de l’État islamique?

- Ils ont mis en place une défense très agressive. Dans ces premières heures, ils ont fait exploser au moins douze voitures piégées. Les djihadistes de l’EI utilisent eux aussi une tactique rodée par le passé, avec l’incendie de puits de pétrole ou de pneus pour masquer le ciel et rendre plus difficile le travail de l’aviation. Mais ils se servent aussi du réseau de tunnels qu’ils ont creusés pour rendre plus difficile la progression. Notez que, pour l’instant, ils semblent opposer une défense plus résolue face à l’armée irakienne qu’aux peshmerga kurdes. Manière sans doute de tenter de tirer profit des divisions des assaillants. Tout le monde sait bien que les Kurdes, s’ils entraient les premiers à Mossoul, seraient très mal reçus par la population.

- Cette population, justement, pourrait-elle servir de 5e colonne aux assaillants en se retournant contre Daech?

- C’est une possibilité. Même si la ville est moins diverse que par le passé, et qu’elle est devenue beaucoup plus clairement sunnite depuis qu’elle est contrôlée par l’EI, il existe notamment des poches Turkmènes ou chiites à l’Ouest. A Falloujah, là aussi, les contacts et les renseignements fournis par une partie de la population ont beaucoup servi les assaillants et ont contribué à accélérer l’issue de la bataille. Ceci dit, l’EI a beaucoup accentué la répression ces derniers mois pour prévenir ce genre de résistance. Plus globalement, la population de Mossoul n’est pas forcément neutre, et une partie est fatalement proche des positions de l’EI, voire franchement mobilisée en sa faveur. Surtout face à des «envahisseurs» chiites ou kurdes.

- Certains affirment que Daech pourrait finalement opposer une résistance moindre que prévu. Qu’en pensez-vous?

- Je ne suis pas de cet avis. S’il a conservé sur place des combattants irakiens, l’État islamique a placé à Mossoul des cadres étrangers, tchétchènes notamment. C’est une direction plus dure, qui est sans doute résolue à se battre jusqu’au bout. Il est possible qu’ils finissent par se replier dans une partie de la ville, à l’Est du Tigre, là où se trouvent les bâtiments administratifs et la partie historique de Mossoul. Et là, ils défendront chèrement leur peau, avec des tranchées remplies d’essence, des engins explosifs, des snipers, des kamikazes. Sans parler des surprises qu’ils ont sans doute en réserve…

Lire aussi: «La reconquête de Mossoul ne mettra pas fin à l’Etat islamique»

- Quel genre de surprises?

- La semaine dernière, ils ont utilisé pour la première fois avec succès un drone piégé contre les forces kurdes et internationales (deux Français ont été blessés). Jusqu’ici, ils n’ont pas fait usage de leurs chars d’assaut et des véhicules blindés qui pourraient être postés dans les rues. Il est encore possible d’imaginer d’éventuelles attaques chimiques. L’EI a fait preuve d’une très grande flexibilité du point de vue militaire. Il sait se reconfigurer très vite selon le cadre et l’ennemi qu’il a face à elle. Ainsi, il n’agit pas du tout avec les mêmes moyens en Irak ou en Syrie, et même dans ce dernier cas, elle change ses modes d’opération si elle a face à elle la rébellion syrienne appuyée par la coalition internationale, ou alors le régime syrien et l’aviation russe, dont les frappes sont beaucoup moins précises.

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