France

Daech revendique l’égorgement d’un prêtre

Deux hommes se revendiquant de l’Etat islamique ont assassiné un prêtre et grièvement blessé un des otages dans une église près de Rouen. Cette tragédie, une première, replonge l’Hexagone dans la peur et la polémique

Et maintenant, une église, et la France replonge dans l’horreur. Il y avait eu en 2015 Charlie Hebdo, l’hyper casher, le Bataclan, des terrasses de cafés parisiens; puis en 2016 deux policiers égorgés à leur domicile, et la foule qui revenait du feu d’artifice du 14 juillet à Nice.

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Mardi matin, deux «soldats de Daech» s’en sont pris à l’église de St-Etienne-du-Rouvray, une commune de 30 000 habitants dans l’agglomération de Rouen, capitale de la Normandie. Pendant la messe de 9h30, deux hommes armés s’introduisent dans l’église St- Etienne et prennent cinq personnes en otages: le prêtre qui est en train de célébrer la messe, deux fidèles et deux religieuses. L’une de celles-ci, réussissant à prendre la fuite, peut appeler les secours.

La Brigade de recherche et d’intervention (BRI) de Rouen arrive très vite sur les lieux. Mais le père Jacques Hamel, 86 ans, prêtre auxiliaire de la paroisse depuis quinze ans, et qui n’avait pas voulu prendre sa retraite, a été égorgé. Un autre otage a été grièvement blessé. La BRI abat les deux preneurs d’otages sur le parvis de l’église.

Précédente tentative

Le caractère de l’attaque ne fait aucun doute: il s’agit d’un attentat terroriste, confirmé sur place par le président François Hollande et rapidement revendiqué par Daech, qui affirme que «les deux soldats de l’Etat islamique ont mené l’opération en réponse aux appels à viser les pays de la coalition internationale».

C’est la première fois qu’une église est attaquée, mais pas que des terroristes islamistes envisagent de prendre une église pour cible: Sid Ahmed Ghlam, un étudiant algérien de 24 ans, avait été arrêté le 19 avril 2015 alors qu’il voulait s’en prendre à l’église de Villejuif, dans la banlieue de Paris. Il avait tué une jeune femme, Aurélie Chatelain. Selon Le Figaro, il visait plusieurs églises, dont celle de St-Etienne-du-Rouvray. Plusieurs observateurs notent qu’il existe dans cette ville normande une mosquée salafiste et qu’une filière djihadiste y avait été mise au jour fin 2014.

Pour les gouvernements successifs de la France, la présence de cette mosquée n’est pas la seule mauvaise nouvelle révélée par les débuts de l’enquête. Car l’un des terroristes, dont l’identité n’était toujours pas officiellement communiquée hier soir, est loin d’être un inconnu de la police et de la justice.

Bracelet électronique

Le jeune homme avait voulu rejoindre la Syrie en mars 2015 mais il avait été refoulé en Turquie et, via Genève (lire ci-dessous) avait été extradé vers la France. Mis en examen pour «association de malfaiteurs en lien avec une entreprise terroriste», il avait été incarcéré avant d’être libéré en mars 2016. Assigné à résidence chez ses parents, à St-Etienne-du-Rouvray, il portait un bracelet électronique et avait le droit de sortir le matin, notamment pour aller pointer au commissariat. Sa libération avait été décidée contre l’avis du parquet antiterroriste, qui avait fait appel en vain.

Au-delà de l’immense émotion qui s’empare une nouvelle fois de la France, bien au-delà du monde catholique, la polémique politique a été lancée hier après-midi par Nicolas Sarkozy. L’ancien président de la République, dans une formulation ambiguë, déclare notamment que «les arguties juridiques, les précautions, les prétextes à une action incomplète ne sont pas admissibles» et demande au gouvernement de mettre en œuvre «sans délai» ses propres propositions.

Comme après l’attentat de Nice, la présidente du Front national, Marine Le Pen, met les deux présidents dans le même sac: «La responsabilité de tous ceux qui nous gouvernent depuis trente ans est immense. Les voir bavarder est révoltant.» Elle demande une nouvelle fois la fermeture des mosquées salafistes et le retour des contrôles aux frontières, notamment. Sa nièce, la députée Marion Maréchal-Le Pen, annonce qu’elle va rejoindre la «réserve militaire» et appelle «tous les jeunes patriotes à faire de même».

Tout au bout de l’échiquier politique, à l’extrême droite, le Parti de la France, animé par des anciens du Front national, en appelle au «peuple en armes» pour «organiser la résistance nationale».

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