Les opérations de sauvetage ne sont pas encore terminées, mais la traque aux terroristes a déjà commencé. Bill Clinton l'a dit et répété: «Peu importe le temps que cela nous demande et où que cela nous conduise, nous poursuivrons les terroristes jusqu'à ce que les affaires soient résolues et justice faite.» Pour le moment, quatre jours après le double attentat, les enquêteurs étudient, entre autres, la piste islamiste. L'Armée islamique de libération des lieux saints musulmans, une organisation inconnue, a en effet multiplié les revendications. D'abord par téléphone, vendredi, au correspondant égyptien du quotidien arabe El Hayat et à une agence de presse internationale à Dubaï, dans les Emirats arabes unis. Puis par écrit, samedi, au service arabe de Radio France Internationale et à la télévision par satellite du Qatar, El Jazirah.

Mystérieuse armée

Cette mystérieuse «armée islamique» se dit composée de militants originaires de tous les pays musulmans prêts à frapper les intérêts américains. Elle affirme d'ailleurs que l'attentat de Nairobi a été perpétré par deux Saoudiens et celui de Dar es-Salam par un Egyptien. L'organisation menace de poursuivre ses attaques tant que les forces américaines n'auront pas évacué les lieux saints de l'islam, notamment ceux d'Arabie saoudite. Elle exige aussi la libération de plusieurs de ses leaders spirituels, tels que le cheikh égyptien Omar Abdel Rahmane, condamné à la prison à vie aux Etats-Unis pour son implication dans l'attentat du World Trade Center en 1993.

Même si cette revendication n'a pas encore été authentifiée, elle accrédite la thèse d'un attentat commis par une coalition d'islamistes. Simultanéité des explosions, lourdes charges explosives, importante logistique: quelle organisation aurait pu, en effet, perpétrer seule un tel attentat? Seule certitude, Washington s'est attiré la haine des islamistes. Soutien sans faille à l'intransigeante politique israélienne, imposition de sanctions contre l'Irak, présence militaire en Arabie saoudite, la liste des ressentiments est longue. Du Djihad égyptien au Hezbollah libanais en passant par les dizaines de réseaux afghans, tous les groupes islamistes ont juré un jour de frapper le grand Satan américain.

Parmi tous les islamistes, un nom est omniprésent: Oussama Ben Laden. Cet homme de 41 ans, à la silhouette fragile et la barbe drue, est l'ennemi numéro un du régime saoudien et des Américains. Plusieurs fois cette année, il a brandi la menace d'attaques contre les Etats-Unis. Washington considère cet ancien entrepreneur, à la tête d'une fortune de 300 millions de dollars, comme le principal financier des groupes islamistes. Déchu de sa nationalité saoudienne depuis quatre ans, Oussama Ben Laden s'est réfugié dans les montagnes afghanes. Des montagnes qu'il connaît bien puisque, pendant les années 80, il y a combattu l'occupant soviétique à la tête de milliers de volontaires arabes. Aujourd'hui encore, des centaines d'entre eux y vivent.

C'est probablement dans un de ces camps de moudjahidin (combattants musulmans) qu'Oussama Ben Laden a rencontré Ayman Zawahri. Leader du Djihad égyptien, Ayman Zawahri a fui l'Egypte à la fin des années 80 avant d'être condamné à mort par contumace. Début juillet, le chef du Djihad égyptien a déclaré à un journal koweïtien que la «guerre sainte» avec les Etats-Unis était inévitable. La veille des attentats de Nairobi et de Dar es-Salam, son organisation menaçait de représailles les Américains, accusés d'avoir «planifié» l'extradition vers l'Egypte de trois de ses militants qui vivaient en Europe de l'est. «En février dernier, ajoute Dia Raschwan, spécialiste de l'islam au Centre d'études stratégiques d'El Ahram, Oussama Ben Laden, Ayman el Zawahri et d'autres dirigeants de formations islamistes ont décidé d'unir leurs forces et de créer un Front islamique international. Dans son premier communiqué, le Front a affirmé que son objectif était de s'attaquer aux intérêts américains.»

Quel lien avec le double attentat? Selon certains observateurs, la toute jeune «armée islamique pour la libération des lieux saints musulmans» pourrait être la branche militaire de ce Front. «Pourrait», car dans le dossier du terrorisme islamiste, toute information, est toujours à prendre avec précaution. En juin 1996, au lendemain de l'attentat qui a tué 19 soldats américains à Dahran en Arabie saoudite, Washington accusait déjà Oussama Ben Laden d'avoir financé et l'opération. Deux ans plus tard, alors que les experts de la lutte antiterroriste ont suivi toutes les pistes islamistes, les commanditaires n'ont pas été retrouvés. Et ils ne le seront probablement jamais.