La décision devrait se jouer en dernière minute. Samedi, selon les correspondants de médias sur place, les jeux restaient tout à fait ouverts concernant le choix du nouveau secrétaire général de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). L’instance tient son 15e sommet ce week-end à Dakar. Vingt-trois chefs d’Etat sont présents, dont le président de la Confédération, Didier Burkhalter. En tournée régionale au sujet des opérations antiterroristes dans le Sahel et d’Ebola, le président français François Hollande a notamment salué la transition démocratique du Burkina Faso, alors même qu’il avait espéré pouvoir placer le président burkinabé évincé par la rue, Blaise Compaoré, au poste de secrétaire de l’OIF.

La cérémonie officielle d’ouverture du sommet s’est achevée, avec un copieux retard, samedi vers 16h30 heure suisse, après de nombreux hommages à l’actuel secrétaire général, Abdou Diouf. A 79 ans, l’ancien président sénégalais se retirera le 31 décembre. Et son imposante stature, dans tous les sens du terme, rend la recherche du successeur particulièrement difficile.

Cinq candidats sur les rangs

Cinq candidats sont en lice, avec des chances a priori variables: le Mauricien Jean Claude de l’Estrac, ancien ministre et secrétaire général de la Conférence de l’océan Indien; l’ex-président burundais Pierre Buyoya, ainsi que la Canadienne d’origine haïtienne Michaëlle Jean, qui fut entre autres gouverneure générale du Canada. S’y ajoutent Henri Lopes, homme de lettres et ambassadeur du Congo-Brazzaville à Paris, et Agustin Nze Nfumu, ancien haut responsable de Guinée équatoriale.

Selon une règle implicite, les pays africains ont une option sur le siège de secrétaire général, et s’entendent entre eux pour y placer un candidat. Ce fut le cas pour Boutros Boutros-Ghali puis Abdou Diouf, en 2002. Mais cette fois, aucun consensus ne s’est dégagé. Et cette absence d’entente semblait durer encore samedi soir.

Michaëlle Jean soutenue pas François Hollande

François Hollande s’est illustré en vantant Michaëlle Jean: «Il y a effectivement des réussites incontestables qui s’attachent à cette candidature», a-t-il déclaré aux médias de son pays. Sa déléguée à la francophonie s’est empressée de rappeler que la France est officiellement neutre dans cette affaire, mais la phrase a été prise pour un soutien à l’envoyée spéciale de l’Unesco pour Haïti. Citée par «Le Devoir», la ministre québécoise Christine St-Pierre a réagi en disant que «oui, [c’est un appui]. Chaque mot est important dans ce qu’on fait ici. Le fait que la France avance d’un pas de cette manière-là, ça veut dire qu’elle a cheminé et on souhaite qu’elle soit prête à le dire carrément et clairement.»

Les chances de la seule femme en lice – les femmes et la jeunesse constituent le thème de ce sommet – demeurent donc intactes. Mais «Jeune Afrique» croit savoir que, parmi les représentants africains, les manœuvres sont intenses. Une réunion de la dernière chance pourrait avoir lieu dimanche matin. Le président du pays hôte, le Sénégalais Macky Sall, pourrait convoquer les quatre pays africains ayant un candidat déclaré afin de les pousser à la désignation d’un finaliste. Ou alors, une candidature surprise pourrait mettre tout le monde d’accord. Evoqués depuis des mois, les noms de l’ancien maire de Paris Bertrand Delanoë ou, ce qui paraît peut-être plus crédible, de l’ancien président libanais Michel Sleiman, reviennent à nouveau dans les bouches à Dakar.

Enfin, le scénario d’un statu quo est aussi formulé. Il paraît toutefois hasardeux. Même si, comme le disent plusieurs médias, des chefs d’Etat ont pressé Abdou Diouf de rempiler pour quelque temps encore, celui-ci reste ferme sur son intention de céder la place à fin décembre. Un intérim ne pourrait dès lors être assuré que par l’administrateur de l’OIF. Ironie géographique de l’histoire, celui-ci, Clément Duhaime, est Québécois.