Le dalaï-lama a beau être le plus pacifique des hommes, il suffit qu'il pose le pied sur le sol allemand pour que la zizanie s'installe dans le monde politique. La visite de cinq jours, la deuxième depuis septembre dernier, que le chef spirituel et politique des Tibétains a entreprise depuis jeudi en Allemagne, a été l'occasion d'une nouvelle querelle au sein de la coalition gouvernementale entre conservateurs et sociaux-démocrates. Mais aussi la cause d'aigreurs, habilement provoquées par la chancelière Angela Merkel, au sein du SPD entre le pragmatique ministre des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, et la ministre de la Coopération, Heidemarie Wieczorek-Zeul, surnommée «die rote Heidi» pas uniquement à cause de la couleur rouge de ses cheveux.

Bonne excuse

Invité à Berlin par une petite association d'amis du Tibet, le dalaï-lama a commencé sa visite par l'ouest du pays, où il a rencontré tout ce que la CDU compte comme éminences, à l'exception de la chancelière Angela Merkel et du président de l'Etat, Horst Köhler.

Pure coïncidence, la chancelière avait une bonne excuse, une visite d'Etat en Amérique latine. Et le président avait un agenda trop chargé. Cela a évité un cruel dilemme à la chancelière, qui avait reçu officiellement le dalaï-lama en septembre dernier à la Chancellerie, provoquant une profonde crise diplomatique avec Pékin durant plusieurs mois. Au sein du cabinet allemand, on semble ainsi s'être refilé le dalaï-lama comme une patate chaude. «Je ne veux pas provoquer d'inquiétude, ce n'est pas un problème pour moi», s'est excusé le guide spirituel.

Soucieux de ménager ses interlocuteurs chinois, qu'il doit rencontrer en juin à Pékin, le vice-chancelier et chef de la diplomatie Frank-Walter Steinmeier n'avait pas trouvé de temps lui non plus. Son refus de recevoir le chef spirituel a été vivement critiqué par les dirigeants conservateurs, qui ont qualifié son attitude de «manque de courage» et de «poltronnerie».

Finalement, au dernier moment, un rendez-vous, qui aura lieu lundi, a été organisé dans les salons neutres du Grand Hôtel Adlon, avec la ministre de la Coopération. A la grande irritation de Frank-Walter Steinmeier, qui n'en aurait pas été averti et parle d'une «diplomatie de vitrine». Dans l'entourage de la chancelière, on ne se prive pas de répandre le bruit que la rencontre a été suggérée par la chancelière elle-même, qui regrettait qu'aucun ministre ne puisse rencontrer Sa Sainteté. Le dalaï-lama est en effet presque aussi populaire en Allemagne que la chancelière.

Angela Merkel a donc préféré confier la mission à Heidemarie Wieczorek-Zeul. Tout en affaiblissant, face à l'opinion, Frank-Walter Steinmeier, son probable rival aux élections de 2009, elle ouvrait une confrontation entre l'héritière d'une social-démocratie à prétentions morales et le représentant du pragmatisme politique des années Schröder. Et, de son côté, l'ambassade de Chine à Berlin a déjà vivement protesté contre la rencontre envisagée.