Syrie

Damas pourchasse ses opposants à l’étranger

Quatre opposants auraient été inquiétés à Genève, dont Shady Ammane, qui a témoigné il y a deux semaines devant le Conseil des droits de l’homme

Depuis le début de la contestation en Syrie, les arrestations d’opposants et les détentions arbitraires ont été dénoncées dans le monde entier. Mais les agissements des services secrets syriens, les terribles moukhabarat, passent outre les frontières syriennes. Inquiété à Genève, le militant Shady Ammane a porté plainte. Il n’est pas le premier à le faire dans la Cité de Calvin, où d’autres activistes en faveur d’une transition démocratique en Syrie auraient été harcelés. Par de mystérieux sbires pro-Bachar el-Assad? Un rapport d’Amnesty International, publié lundi, fait écho à ces témoignages. Il dénonce les pressions et mesures de rétorsion dont ont été victimes des opposants au régime syrien, à l’étranger.

Empêché de témoigner

Le 19 septembre, lors de la session du Conseil des droits de l’homme au Palais des Nations, de vifs débats ont accompagné la contribution de Shady Ammane du collectif Jasmin, une organisation genevoise d’opposants au régime de Damas. Shady Ammane dépose devant un auditoire plein, deux minutes pour le convaincre. Il réussit, pense-t-il. Les gens applaudissent. Il récupère les cartes de visite à la volée. On lui demande de faire plus, de documenter les exactions en Syrie. Il accède à la requête et promet de revenir pour la séance de clôture avec de nombreux témoignages. Cela n’aura pas lieu.

Le 29 septembre, entre 20h30 et 23h30, la voiture de Shady Ammane, parquée rue Vallin dans le quartier Saint-Gervais, est vandalisée et dévalisée: ses documents de travail et son portable sont dérobés. «Les vitres de ma voiture sont légèrement teintées, mes affaires n’étaient pas visibles de l’extérieur. Mais c’est surtout le modus operandi qui ne laisse aucun doute sur les motivations des criminels. Tout ce qui avait trait à la Syrie a disparu du véhicule, même les plus insignifiantes cartes postales qui représentaient des enfants syriens ont été subtilisées», affirme le militant.

Selon lui, les auteurs de ce sac avaient aussi en tête de l’effrayer: «Lorsque j’ai allumé le moteur, une immense détonation m’a glacé d’effroi, j’ai cru que j’étais mort. J’ai levé l’index pour faire ma chahada (la profession de foi des musulmans) et suis resté un temps tétanisé. Ensuite, j’ai retrouvé une sorte de saucisse de papier et de mastic qui avait été placée dans mon pot d’échappement. C’est une mise en garde effrayante.» Il porte plainte le même soir.

Deux semaines auparavant, Shady Ammane s’était rendu à la police genevoise pour signaler des activités suspectes autour de lui: téléphones anonymes, visites étranges à son domicile, il pensait être suivi et craignait pour sa sécurité.

Il n’est pas le seul activiste syrien à avoir été menacé, volé ou molesté. Trois autres plaintes ont été déposées à Genève depuis avril. Contactée par Le Temps pour confirmer ces témoignages, la police genevoise n’a pas encore réagi.

Dans son rapport, Amnesty International décrit les cas d’une trentaine de militants dans huit pays (Allemagne, Canada, Chili, Espagne, Etats-Unis, France, Royaume-Uni et Suède) qui affirment eux aussi avoir été intimidés ou harcelés par des partisans de Bachar el-Assad. Les raisons de ces intimidations, selon l’ONG: ils sont proches des milieux d’opposition et ont voulu, par des manifestations pacifiques ou sur leur blog, dénoncer les violations des droits de l’homme en Syrie. Le gouvernement syrien les considère comme une menace.

«Campagne systématique»

Neil Sammonds, spécialiste de la Syrie à Amnesty International, explique dans un communiqué que «le régime semble avoir mené une campagne systématique – et parfois violente – visant à réduire les Syriens de l’étranger au silence au moyen de la peur. Cela montre encore une fois que Damas ne tolère pas la contestation, même lorsqu’elle est légitime, et qu’il est prêt à aller très loin pour museler ceux qui le défient publiquement.»

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