Armes

Damas responsable des trois quarts des attaques chimiques en Syrie

Le régime de Bachar el-Assad figure au premier rang des suspects dans le bombardement chimique de Khan Cheikhoun le 4 avril dernier. L’ONU ne se prononce pas encore sur cette dernière attaque mais rappelle le terrible passif de Bachar el-Assad

Le régime de Bachar el-Assad est responsable des trois quarts des attaques chimiques qui ont eu lieu en Syrie. Voilà les constatations de la commission d’enquête de l’ONU sur les crimes commis dans ce pays depuis le début du conflit. Cet organe, dans lequel siège l’ancienne procureure suisse Carla Del Ponte, n’a jamais pu se rendre en Syrie, faute d’autorisation du gouvernement. Elle se base sur le témoignage de réfugiés ou sur des entretiens à distance avec des Syriens de l’intérieur du pays.

La commission a rendu publique lundi soir une liste de 25 attaques chimiques, dont 19 sont attribuées aux forces gouvernementales, contre six dont les auteurs sont inconnus. L’ONU précise qu’il ne s’agit pas de toutes les attaques mais seulement celles qu’elle a pu documenter.

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Sur le bombardement de Khan Cheikhoun, le 4 avril, qui a fait 87 morts, dont des dizaines d’enfants, les enquêteurs onusiens, dirigés par un ancien ministre brésilien, Paulo Sergio Pinheiro, sont pour l’instant très prudents. Enfin pas tous. Carla Del Ponte est «certaine» de la culpabilité du régime de Bachar el-Assad. Elle l’a dit à la RTS jeudi dernier, quelques heures avant les frappes américaines contre la base, d’où seraient partis les avions transportant le gaz mortel.

Selon l’ONU, la première utilisation de gaz a eu lieu le 19 mars 2013 à Khan Al-Asal. Cette localité est alors la proie à de violents combats entre les rebelles et l’armée d’Assad. Les deux parties se rejettent la responsabilité d’un bombardement chimique qui aurait fait des dizaines de victimes, dont des soldats syriens. Avec l’accord du gouvernement d’Assad, une mission de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OPCW), la Syrie a en effet ratifié la convention interdisant ces armes, arrive à Damas le 18 août 2013.

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Mais, le 21 août, la région de la Goutha, dans les faubourgs de Damas, aux mains des rebelles, est la cible d’une attaque massive au gaz sarin, qui fera au moins un millier de victimes. L’équipe de l’OPCW renonce alors à aller à Khan Al-Asal. Le 26 août, les enquêteurs obtiennent le feu vert pour se rendre dans les quartiers visés. Cette attaque aussitôt attribuée par les Occidentaux au président Bachar el-Assad avait failli provoquer une intervention militaire. Mais, le 30 août 2013, le président américain Barack Obama se ravise. Au lieu de frapper le régime syrien pour le punir d’avoir franchi la «ligne rouge» qu’ils avaient fixée, les Etats-Unis négocient avec les Russes pour obliger le régime syrien à leur livrer son arsenal chimique.

«Accès au stock de l’armée syrienne»

Le 16 septembre 2013, la mission de l’OCPW rend son rapport et conclut à l’usage de gaz sarin sur «une relativement grande échelle». Elle s’abstient de pointer les coupables, puisque ce n’était pas dans son mandat. En février 2015, la commission Pinheiro sera plus explicite, sans toutefois pointer nommément le régime syrien. Dans un rapport général sur les violations des droits humains en Syrie, elle revient sur le massacre de la Goutha. «Des quantités significatives de sarin ont été utilisées» dans cette attaque, peut-on lire dans ce document. Tout indique que les coupables «avaient accès au stock d’armes chimiques de l’armée syrienne et qu’ils avaient l’expertise et l’équipement nécessaire pour manipuler de façon sûre de grandes quantités» de sarin.

Depuis l’attaque dans la Goutha, le sarin n’avait plus été utilisé. L’armée syrienne, toujours selon la commission Pinheiro, a en revanche utilisé à de multiples reprises du chlore, beaucoup moins létal. La Syrie était censée avoir détruit tout son stock en vertu de l’accord américano-russe de 2013. C’est en tout cas ce que l’on croyait jusqu’à l’attaque de mardi dernier. Selon la Turquie, qui affirme avoir procédé à des analyses à Khan Cheikhoun, l’utilisation de sarin ne fait aucun doute. Un gaz qui place une nouvelle fois le régime syrien au premier rang des suspects.

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