Ce lundi a lieu un premier conseil des ministres déjà riche en polémiques pour le nouveau gouvernement français. La plus problématique à cette heure? Tout juste nommé, le nouveau ministre français des Solidarités Damien Abad est confronté à des accusations de viols révélées samedi par Mediapart. Deux femmes, dont le site a recueilli les témoignages, accusent Damien Abad, 42 ans, de viol en 2010 et 2011. L'une d'elle a porté plainte en 2017, une plainte qui a été classée sans suite.

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Ces accusations ont été contestées «avec la plus grande force» par Damien Abad, ancien président des députés LR qui a pris ses fonctions samedi en tant que ministre des Solidarités, de l'Autonomie et des Personnes handicapées. «Ces accusations relatent des actes ou des gestes qui me sont tout simplement impossibles en raison de mon handicap», ajoute Damien Abad, atteint d'arthrogrypose, une maladie rare qui bloque ses articulations.

Patron des députés Les Républicain (LR) jusqu’à jeudi, sommé de démissionner par la direction du parti après qu’il a multiplié les contacts avec la macronie, Damien Abad est par ailleurs candidat à sa réélection dans la cinquième circonscription de l'Ain, tout près de la frontière genevoise.

Selon Mediapart, un signalement pour des faits présumés de viols a été adressé à LREM et LR le 16 mai, puis au procureur de la République, par l'Observatoire des violences sexistes et sexuelles en politique, une association créée en février par des féministes à l'origine du mouvement #MeTooPolitique. Lors d'un déplacement en Normandie, la Première ministre Élisabeth Borne a dit n'avoir découvert ces accusations que samedi. «Je peux vous assurer que s'il y a de nouveaux éléments, si la justice est à nouveau saisie, on tirera toutes les conséquences de cette décision», a-t-elle déclaré, affirmant qu'il ne pouvait y avoir «aucune impunité» concernant les violences sexuelles.

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Deux autres scandales en un mois

C'est que cinq ans après le mouvement #metoo, les accusations de violences et agressions sexuelles visant des personnalités politiques en France ont gagné en médiatisation, accentuant la pression sur les partis. Deux candidats aux élections législatives de juin se sont d'ores et déjà retrouvés sur le devant de la scène - et leurs partis respectifs sous le feu des critiques: l'un accusé de violences sexuelles, l'autre condamné pour violences envers son ex-compagne.

Le premier, Taha Bouhafs (gauche radicale), a annoncé le retrait de sa candidature à Vénissieux (Rhône, Sud) peu avant la révélation d'une enquête interne de son parti. Le second, Jérôme Peyrat, investi en Dordogne (sud-ouest) sous les couleurs du parti du président Emmanuel Macron (LREM), a annoncé mercredi le retrait de sa candidature. Cet ancien conseiller des ex-présidents Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy, et d'Emmanuel Macron, a été condamné en septembre 2020 à une amende de 3000 euros avec sursis pour violence envers une ex-compagne. Ces deux cas avaient suscité l'indignation, notamment sur les réseaux sociaux.

«La médiatisation des violences sexistes voire sexuelles a évolué en faveur des femmes ces dernières années», estime Mérabha Benchikh, docteure en sociologie, qui relève une «plus grande visibilité de certaines plaintes à l'encontre d'élus, candidats ou responsables politiques.»

«L'apparition et l'utilisation - à la fois facilitée et excessive - des réseaux sociaux en sont un premier élément de lecture», poursuit-elle, tout comme «la quatrième vague féministe qui a oeuvré à dénoncer des agissements et des actes de violences à destination des femmes, comme MeToo ou les divers hashtags».

Mais d'autres décisions, notamment celle d'Emmanuel Macron de nommer Gérald Darmanin ministre de l'Intérieur, alors que ce dernier faisait l'objet notamment d'une plainte pour viol - le parquet de Paris a requis un non lieu dans cette affaire en janvier - passent mal auprès des organisations féministes et d'une partie de l'opposition. Face à ce constat, près de 300 femmes travaillant dans le milieu politique et universitaire ont appelé à l'automne dernier à «écarter les auteurs de violences sexuelles et sexistes». Des voix se sont également élevées dans certains collectifs féministes pour demander d'écarter, le temps de l'enquête, les hommes politiques accusés de violences sexuelles mais pas encore condamnés. Une perspective rejetée par le chef de l'Etat qui, tout en affirmant respecter «l'émoi et la colère» des féministes, met en avant le principe de présomption d'innocence et s'élève contre «la République du soupçon et du doute».