Que vont devenir les 12 000 migrants du camp de réfugiés de Moria, en Grèce? Depuis que le camp de l’île de Lesbos a brûlé la semaine dernière, mettant à la rue quelque 13 000 personnes (dont 4000 enfants), la question divise les camps politiques européens. Dimanche, les autorités grecques affirmaient qu’un nouveau camp serait sur pied «d’ici cinq jours».

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Vendredi, plusieurs villes suisses, dont Delémont (JU), se sont déclarées «ouvertes à l’accueil d’enfants, voire de familles». Le maire de la capitale jurassienne depuis 2015, Damien Chappuis, attend désormais un signal «clair et rapide» de la Confédération.

Le Temps: Pourquoi avoir manifesté votre intérêt pour héberger ces migrants?

Damien Chappuis: L’équipe du Conseil communal de Delémont a suivi l’actualité ces jours et lorsqu’on a pris conscience du drame, on s’est demandé ce que l’on pourrait concrètement faire pour donner un coup de main. Zurich, Lausanne puis Genève ont manifesté publiquement leur envie d’accueillir certains d’entre eux et, après avoir sondé l’exécutif delémontain, on s’est ralliés à eux. Je suis papa de deux filles de 9 et 10 ans. Imaginer tous les enfants seuls qui dorment là-bas à la belle étoile sans même une couverture, c’est difficile à accepter.

Sur les réseaux sociaux, on lit que cette décision a été accueillie plutôt fraîchement par les habitants de la région…

Oui, on a eu des réactions du type «c’est la crise, occupez-vous des citoyens delémontains d’abord». Mais la proposition que l’on a faite ne change rien par rapport à nos autres efforts. On ne va pas mettre de l’argent pour ces différentes familles de migrants au détriment des familles qui vivent déjà sur notre territoire.

Combien de personnes pourrait accueillir Delémont?

Nous n’y avons même pas encore réfléchi. Cela doit d’abord passer par l’Union européenne et, d’après ce que j’ai compris, la Suisse pourrait accueillir au total 40 personnes. Au prorata des populations, si l’on compare avec Genève, Zurich ou Lausanne, il n’y aura pas des dizaines de personnes à Delémont. Le plus compliqué, ce sera le rapatriement, pas l’accueil.

Est-ce qu’une coordination avec les autres villes suisses se met en place? Y aura-t-il une «conférence nationale» sur le sujet prochainement?

Nous sollicitons une table ronde pour évoquer cela mais c’est la Confédération et plus particulièrement le département de la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter qui a la charge de ce dossier. Pour l’instant, nous n’avons reçu aucune réponse de Berne concernant notre proposition. On espère que cela se fera le plus vite possible. En tout cas, du côté de Delémont, on est prêts. Et si demain on nous demande de les accueillir, je suis sûr que la solidarité viendra vite. Il faut faire abstraction de ce que l’on voit sur les réseaux sociaux.

Est-ce que vous disposez déjà de structures prêtes?

Non, nous n’avons rien à disposition. Mais admettons que la Confédération nous propose d’accueillir 20 personnes, nous allons faire appel à la population. Voire créer un centre d’accueil.

Vous-même, vous accueilleriez quelqu’un?

Je dois bien sûr en parler avec mon épouse d’abord, mais cela ne me dérangerait pas. L’urgence, maintenant, c’est surtout de les sortir de la situation actuelle.