La recette danoise pour appâter l’ONU

Genève internationale Avec les emplois du HCR qui seront transférés de Genève, la Cité de l’ONUà Copenhague est presque pleine

Le Danemark ne va pas s’arrêteren si bon chemin. La Suisse relativise le péril

Quelque 100 emplois du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), basé à Genève, voilà la dernière prise de la Cité de l’ONU à Copenhague, un bâtiment ultra-sophistiqué dans le port. Ces postes seront transférés d’ici au début de 2016 dans la capitale danoise, comme nous le révélions il y a une semaine.

Deux ans après l’inauguration de sa cité onusienne, le Danemark est en passe de réussir son pari. Le complexe en forme d’étoile, excepté une partie d’un étage, est presque plein. Quelque 1350 fonctionnaires internationaux de dix agences onusiennes travaillent déjà dans les bureaux lumineux face à la mer.

Le gouvernement danois n’est pas propriétaire des murs, qui appartiennent à une société privée composée du port de Copenhague et d’une caisse de pension. L’Etat loue les locaux à hauteur de 22 millions de francs par année pour les mettre gratuitement à disposition des organisations internationales. Vu le succès du modèle, il ne compte pas s’arrêter en si bon chemin.

«Nous ne jouons pas dans la même catégorie que New York et Genève, le siège mondial et celui européen de l’ONU», minimise Mette Thygesen, responsable adjointe de la coopération multilatérale au Ministère des affaires étrangères danois. «Nous n’avons pas l’ambition de devenir un centre de négociations», poursuit son collègue Casper Stenger Jensen. Aucun projet d’extension n’est encore entériné. Cela dépendra du nouveau gouvernement formé par les libéraux, issu des législatives du 19 juin dernier, lesquels ont promis pendant la campagne de réduire le budget de l’aide internationale.

Au rez-de-chaussée de la Cité de l’ONU, une maquette montre un nouvel immeuble le long du même quai et deux tours reliées par une passerelle au-dessus du chenal où est amarré le paquebot assurant quotidiennement la liaison entre Copenhague et Oslo. Les autorités danoises pourraient ainsi louer de nouveaux bureaux, selon le même modèle éprouvé. Dans certains cas, le Danemark accorde aussi une aide financière pour les organisations déménageant à Copenhague. A Genève, on évoque un montant de 100 000 francs par emploi transféré. Un chiffre que le Danemark ne confirme pas. «Le parlement est amené à se prononcer sur chaque mesure de ce type mais il n’y a jamais eu de problème», explique Mette Thygesen. Pour l’instant, le soutien à la Cité de l’ONU fait l’objet d’un large consensus au sein de la classe politique danoise. Chaque poste attiré à Copenhague a généré au moins cinq fois plus de retombées économiques que l’investissement initial.

La Cité de l’ONU s’inscrit dans la réhabilitation des anciens docks du port de Nordhaven, à une quarantaine de minutes à pied du centre. «Auparavant, les gens craignaient de venir la nuit dans cette zone industrielle abandonnée», se souvient Eva Egesborg, la porte-parole de la Cité de l’ONU, un poste créé par le Ministère des affaires étrangères danois. D’ici quelques années, Nordhaven devrait accueillir 40 000 logements et autant d’emplois. Les travaux de prolongement du métro seront achevés en 2019.

Dans cet immense chantier, la Cité de l’ONU est l’un des premiers bâtiments à avoir été réalisé. Au départ, il s’agissait de rassembler sous le même toit les organisations internationales déjà basées à Copenhague. La capitale danoise héberge depuis les années 1950 le siège européen de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Sur le quai d’en face, l’Unicef dispose du plus grand entrepôt d’aide humanitaire au monde, qui peut directement être chargée sur des bateaux cargos. 350 personnes y travaillent Il y a dix ans, le Danemark a aussi emporté le siège de l’Unops, un bureau des Nations unies qui gère des projets de construction d’écoles, d’hôpitaux ou de routes dans des pays en guerre ou touchés par des catastrophes naturelles.

«Le fait que le gouvernement danois paie les loyers n’était pas le seul argument pour venir ici», explique la Danoise Camilla Brückner, la directrice du bureau scandinave du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD). «Les pays nordiques sont de grands contributeurs du système des Nations unies. Ils assurent, par exemple, un tiers de notre budget central. Leurs objectifs de politique étrangère sont proches de notre mandat.»

Près de 180 personnes travaillent pour le PNUD au sein de la Cité de l’ONU. «Le paiement des salaires pour tous les employés de l’organisation à travers le monde est géré depuis ici, continue Camilla Brück­ner. Il est important que les choses fonctionnent. En 2012, même le siège de l’ONU à New York avait dû être fermé, car il avait été inondé à cause de l’ouragan Sandy.» Etre basé à Copenhague, comme à Genève d’ailleurs, permet aussi de communiquer le même jour à la fois avec l’Asie et les Amériques. Le décalage horaire est très faible avec l’Afrique, le continent qui bénéficie le plus de l’aide internationale.

Les Danois ont aussi joué à fond la carte verte. «Tous les matériaux de construction viennent d’un rayon de 800 kilomètres: des pays nordiques, d’Allemagne ou de Pologne», explique Eva Egesborg, qui nous fait la visite. Le complexe est certifié écologiquement et utilise 50% moins d’énergie qu’un bâtiment de même taille. Outre les panneaux solaires sur le toit, la température est régulée par l’eau de mer. Des panneaux sur chaque façade se ferment automatiquement quand le soleil se fait trop insistant. Les employés bénéficient aussi d’une salle de fitness.

La Cité de l’ONU se targue enfin de faire travailler ensemble les organisations qu’elle héberge. Elles partagent les frais d’entretien du bâtiment ou liés à la sécurité. La proximité fait aussi naître des initiatives communes. «Nous avons, par exemple, lancé un projet commun pour des achats responsables dans le domaine de la santé. Nous nous sommes en particulier inspirés de l’UNFPA, le Fonds des Nations unies pour la population, qui est le premier acheteur public de préservatifs dans le monde et qui a travaillé étroitement avec ses fournisseurs préqualifiés pour que la fabrication des préservatifs soit plus respectueuse de l’environnement», avance Camilla Brückner. Selon la Danoise, la Cité de l’ONU est un «laboratoire», dont New York et Genève feraient bien de s’inspirer.

«Nous ne jouonspas dans la même catégorie queNew York et Genève»