Jusqu’où ira Bernie Sanders? Le sénateur «socialiste démocrate» du Vermont a été, au même titre que Donald Trump, la grande surprise des primaires pour la présidentielle 2016. Avant le résultat des primaires d’hier, il refusait toujours de concéder la moindre défaite et promettait de se battre jusqu’à la convention de Philadelphie qui commence le 25 juillet prochain. A ses yeux, le système des primaires démocrates est, au même titre que la démocratie et l’économie américaines, «truqué».

Il pense en particulier aux 714 super-délégués (élus au Congrès, gouverneurs, responsables du parti, ex-présidents) qui se sont ralliés massivement derrière la candidate de l’establishment, Hillary Clinton. A Philadelphie, son espoir est de convaincre ces derniers qu’il est le candidat avec le plus de chance de battre le républicain Donald Trump à la présidentielle de novembre.

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Son entêtement est dangereux, car il pourrait faire le jeu du milliardaire new-yorkais. Dans le camp démocrate, l’attitude du sénateur du Vermont, dont la campagne est passée d’une dynamique positive de changement à l’amertume, commence à irriter au plus au point. Même au sein de l’équipe de campagne de Bernie Sanders, certaines voix critiques estiment que le candidat est en train de s’enfermer dans sa logique de campagne électorale et que sa candidature ne se traduira finalement pas en un mouvement politique capable de changer une partie de l’Amérique.

Les chiffres sont pourtant implacables. Lundi soir, Hillary Clinton (1812) avait une avance quasiment rédhibitoire sur Bernie Sanders (1521) en termes de délégués réguliers («pledged delegates») qui sont attribués en fonction des résultats des primaires. Il devait remporter 70% des délégués restants pour espérer dépasser sa rivale. Une perspective irréaliste. L’ex-secrétaire d’Etat a aussi gagné le vote populaire et un plus grand nombre d’Etats. Elle n’est d’ailleurs pas la première candidate à remporter des primaires grâce aux super-délégués.

En 2008, Barack Obama en avait eu besoin pour décrocher l’investiture. Nombre de démocrates l’admettent toutefois. Le système des super-délégués doit être réformé en raison de son caractère en partie antidémocratique. Mais ils refusent de le changer en pleine campagne électorale alors que les deux candidats connaissaient dès le départ les règles du jeu.

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Bernie Sanders n’est pas non plus une exception. En 1984, Gary Hart avait tenté jusqu’à la convention démocrate de convaincre les super-délégués de le soutenir à la place de Walter Mondale. En vain. Aucun super-délégué ne l’avait suivi. Le sénateur du Vermont va, estime-t-on, finir par soutenir sa rivale Hillary Clinton de peur de rester dans l’histoire comme celui qui aurait aidé Donald Trump à accéder à la Maison-Blanche.