France

Daniel Cohn-Bendit, ce contestataire qui ébranle l’Elysée

Cosignataire d’une violente tribune contre «l’impasse» du quinquennat Hollande, l’ancien leader de Mai 68 peut bouleverser la donne à gauche d’ici à 2017

A 70 ans, Daniel Cohn-Bendit se dit surtout préoccupé, ces jours-ci, par le documentaire qu’il s’apprête à tourner en Inde, sur l’explosion démographique. Dans les coulisses de la politique française en revanche, le nom de l’ancien leader de Mai 68, député européen écologiste pendant plus de vingt ans, rime de nouveau avec séisme.

Dernière preuve de cette effervescence autour d’un possible retour en politique de celui qui s’opposa jadis au Général de Gaulle? La publication mercredi par «Le Monde» d’une tribune-réquisitoire sur le bilan du quinquennat de François Hollande, cosignée avec plusieurs élus socialistes dont la maire de Lille Martine Aubry, et des intellectuels comme l’économiste Daniel Cohen ou le sociologue Michel Wieworka.

Sous le titre «Sortir de l’impasse», les signataires alignent leurs «vérités désagréables» sur la montée de la colère populaire, le «marché de dupes» du pacte passé avec le patronat, et la montée inexorable du chômage. Verdict: «Ce n’est plus simplement l’échec du quinquennat qui se profile, mais un affaiblissement durable de la France qui se prépare, et bien évidemment de la gauche».

Pas une «offensive organisée de déstabilisation»

Même s’il ne s’agit pas, selon des proches de Martine Aubry, «d’une offensive organisée de déstabilisation», le moment est en tout cas propice à rebattre les cartes, et donc à l’ouverture d’une brèche dont pourrait profiter le toujours populaire «Dany le rouge», reconverti en chroniqueur radio sur Europe 1 depuis son départ du parlement de Strasbourg en 2014.

François Hollande, en visite cette semaine en Polynésie et en Amérique Latine, a clairement gâché son regain de popularité consécutif aux attentats du 13 novembre. Le débat sur la déchéance de nationalité et l’inscription de l’Etat d’urgence dans la constitution, mené à l’Assemblée par un Manuel Valls cassant et autoritaire, a brouillé les appels à l’union nationale. Tandis que la réforme annoncée du code du travail menace de faire redescendre les syndicats dans la rue.

Une constellation de contestataires

«La gauche française est atomisée. C’est un champ de ruines», analyse un politologue familier du PS dans le Nord. D’un côté, les fidèles peu nombreux mais résolus à se battre, du premier ministre social-libéral Manuel Valls.

De l’autre, une constellation de contestataires désunis. Avec, à l’extrême gauche, la candidature déjà déclarée de Jean-Luc Mélenchon: «Je ne crois pas à l’hypothèse d’une montée en puissance de Martine Aubry poursuit notre interlocuteur. Ce nouvel appel pour «Sortir de l’impasse «est davantage une initiative d’intellectuels, désireux de rallier les politiques à leur résistance anti-Hollande, et convaincus que le président sortant pourrait renoncer à se représenter. Or bien malin celui ou celle qui, aujourd’hui, peut dire qui va occuper cet espace à gauche, d’ici la présidentielle de 2017».

«Un formidable animal politique»

Deux noms reviennent toutefois et ils ont, pour des raisons différentes, de quoi inquiéter le tandem Hollande-Valls. Le premier est celui de l’ancien ministre du redressement productif Arnaud Montebourg, resté silencieux depuis son départ fracassant du gouvernement en août 2014, mais affairé à consolider ses réseaux, et à solliciter des expertises, en vue d’un possible retour en politique.

Le second est justement… celui de Daniel Cohn-Bendit, septuagénaire fringuant, toujours auréolé du score record de 16,8% des voix obtenu par les Verts, dont il conduisait la liste lors du scrutin européen de juin 2009. «Dany reste un formidable animal politique, explique un membre de la direction du Parti socialiste. Il coche en plus toutes les cases: social, ouvert au monde moderne, européen convaincu, provocateur, donc assuré de faire le buzz.»

Ces rumeurs prouvent que presque tout le monde a enterré François Hollande.

Ceux qui connaissent «Dany» balaient ce scénario. N’empêche: l’intéressé a signé en janvier le premier appel pour des primaires à gauche, même si Hollande est candidat. Il s’est ensuite montré, début février, aux côtés de l’ancienne ministre Cécile Duflot, devenue l’ennemi numéro un de Manuel Valls. Il ne se prive enfin pas de dire qu’il aura, en mai 2017, le même âge que le favori des sondages… Alain Juppé, et vilipende le récent remaniement gouvernemental qui a vu l’un de ses pires adversaires écolos, le sénateur Jean Vincent Placé, devenir ministre. Mieux: l’idée d’un potentiel tandem avec le très populaire Nicolas Hulot circule: «Je n’y crois pas, commente le politologue nordiste mais ces rumeurs prouvent que presque tout le monde a enterré François Hollande». En passionné de foot, «Dany» siffle donc la fin de partie…

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