«Barroso est nerveux, il n’a pas de majorité.» A peine engrangé le succès des écologistes aux élections européennes – ils ont gagné dix sièges –, Daniel Cohn-Bendit, leur chef de groupe au parlement de Strasbourg, a enfourché lundi son cheval de bataille préféré: celui qui pourrait le conduire à renverser le président de la Commission de Bruxelles, José Manuel Barroso, qu’il considère comme une girouette sans consistance.

«Avec Barroso, c’est le dernier qui a parlé qui a raison», a expliqué Daniel Cohn-Bendit mardi, lors d’une interview au journal Libération. Exemple: le plan de lutte contre le réchauffement climatique (le «paquet énergie climat»), dont les propositions initiales (30% de CO2 en moins, 30% d’énergies renouvelables et 30% d’économies d’énergie d’ici 2020), préparées par le commissaire à l’environnement Stavros Dimas, ont été revues à la baisse après la bruyante rébellion du commissaire à l’industrie Günter Verheugen.

«Barroso a laissé détruire ce qui avait été mis en place par Dimas, commente Daniel Cohn-Bendit. Un président de la Commission comme ça, en période de crise, ça n’est pas possible.»

D’autant que José Manuel Barroso est, à ses yeux, irrémédiablement compromis par son adhésion à la guerre en Irak. C’est grâce à aux pays qui la soutenaient (Grande-Bretagne, Europe de l’est), rappelle l’écologiste, que le Portugais a été préféré au libéral belge Guy Verhofstadt, adversaire résolu de l’expédition américaine.

Aujourd’hui, Daniel Cohn-Bendit a enrôlé le même Verhofstadt et le président des socialistes européens, Poul Nyrup Rasmussen, dans son front anti-Barroso. Il compte sur l’émergence des nationalistes eurosceptiques pour le faire vaciller: «50 à 60 députés de droite ne voteront pas pour lui», prédit-il. Le tortueux processus de choix du patron de la Commission doit démarrer en juin.