La danse

des corps

Sasha Waltz, chorégraphe

Elle a le sens de l’ellipse. Ce savoir-faire qui permet de hurler des discours avec un seul geste, un mouvement de bras, une mise en espace. A 46 ans, Sasha Waltz mar­que la scène de la danse contemporaine de son don de l’abstraction et de l’inscription de ses chorégraphies dans les lieux investis, un presbytère, une usine hydraulique ou une ville. Elle n’est pas Berlinoise, mais son nom colle à la capitale. Née à Karlsruhe, elle a suivi une formation aux Etats-Unis avant de se lancer dans la création, au début des années 1990. La réunification allemande l’inspire (Zweiland, 1997). Berlin et l’énergie libérée par la chute du Mur l’attirent. Sa danse, avec sa compagnie Sasha Waltz & Guests, s’inscrit dans des univers torturés, souvent teintés d’humour noir, et dans lesquels le corps a libre cours. C’est au Festival d’Avignon de 1999 qu’elle fait une entrée remarquée dans l’espace francophone avec sa trilogie Körper. Elle est programmée aux côtés de Thomas Ostermeier – même génération, même fibre de renouveau –, avec lequel elle reprend la direction de la Schaubühne de Berlin. Une révolution: théâtre et danse côte à côte pour une institution majeure. L’aventure sera courte. En 2005, Sasha Waltz abandonne, découragée par l’espace jugé restreint réservé à ses artistes. Il y a quatre ans, Libération l’interrogeait sur ses envies de changer d’air. Sa réponse fusait: «Berlin est au cœur de mon inspiration.[…] Rien n’est figé, on trouve de la place pour développer des projets, sans que cela soit tout de suite transformé en truc super-chic.»