Le cycle infernal de la violence et du climat étouffe les 6 millions d'habitants du Darfour, la moitié exilés au Tchad ou déplacés, tous fuyant les combats entre les rebelles et le gouvernement. Dans le premier semestre 2008, 180000 nouveaux réfugiés sont arrivés. Ils souffrent d'une pénurie de ressources pour faire face à la crise. Triste constat alors que les hauts responsables soudanais se sont réunis à de multiples reprises ce week-end pour faire front commun contre la probable décision de la Cour pénale internationale de réclamer un mandat d'arrêt contre le président soudanais Omar el-Béchir pour crimes de guerre (LT du 12.07.2008).

Sans carte de rationnement

A El Fashir, capitale du Darfour, le gouverneur de la région, Mohamed Osmar Kibir, est dépité: «La situation se dégrade, nous n'avons pas suffisamment d'eau et la désertification avance.» Il manque des moyens pour venir en aide aux 451000 déplacés. Son ministre des Affaires sociales, Isaan Mahmoud, calcule qu'il leur faut 93000 tonnes d'aliments pour contenir la faim et la soif. Il annonce que les réserves de l'ONU se sont réduites de moitié.

Non loin d'El Fashir, dans le camp de réfugiés dénommé «La Paix», avec ses 27 blocs de maisons improvisées faites de roseaux, s'entassent 50000 personnes sous une chaleur de 50 degrés à l'ombre. Elles ont échappé au nettoyage ethnique au début du conflit en 2003-2004. Abdda est père de famille, avec cinq enfants: «Je n'ai plus ma carte de rationnement de l'ONU; avec ce que je reçois pour un mois, je peux tenir dix jours à peine.» Pour Adam Masmoud Asen, coordinateur nommé par les habitants du camp, le manque d'eau est douloureux: «Nous avons besoin de plus que les deux barils d'eau par jour et par famille que nous recevons.» Ahmed Ismael Yado, maître d'école qui vient tous les jours d'El Fashir pour donner des cours aux enfants des camps, confirme la dépendance de l'ONU pour la survie de ses 370 élèves. L'ONG Médecins sans Frontières s'inquiète de l'apparition de l'alcoolisme chez les femmes, qui fermentent de façon artisanale des boissons pour supporter la faim et l'insécurité.

«La guerre détruit tout»

Parmi les 138 tribus identifiées au nord du Darfour, 21 envoient leurs rois et sultans à El Fashir pour se réunir en «conseil» afin de trouver des remèdes aux problèmes quotidiens, en marge du gouvernement. A la tombée de la nuit, après la prière, douze d'entre eux acceptent de faire part de leurs pensées à la presse. Adam, Daud, Lab Kabir, Monzur et les autres parlent. Ils décrivent la catastrophe qui s'abat sur eux: le volume des récoltes s'amoindrit à cause de la baisse des pluies, du manque de main-d'œuvre, une partie importante de la population active ayant quitté les lieux, chassée par la guerre. «Les aides de l'ONU sont insuffisantes et l'Union africaine ne fait presque rien», dit l'un d'eux. «La guerre détruit et retarde tout», ajoute un autre. Personne n'est favorable à ce que le Darfour se sépare du Soudan. Tous sont unanimes: «Les 28 groupes rebelles doivent d'abord dialoguer entre eux, avant d'aller négocier avec le gouvernement», mais pour garantir des accords de paix, «il faudra une intervention de la communauté internationale». C'est précisément la mission que vient de commander le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, à son nouveau représentant spécial pour le Darfour, le Burkinabé Djibril Bassole.