Royaume-Uni

La date du Brexit entre les mains des députés

Faute d’accord d’ici à mi-mars, le parlement britannique votera pour repousser la date de sortie de l’UE à fin juin au plus tard

Theresa May a finalement cédé. Après un Conseil des ministres houleux mardi matin, plusieurs de ses collègues menaçant de démissionner, la première ministre britannique a annoncé qu’elle soumettrait au vote parlementaire un report de la date butoir du Brexit. La sortie de l’Union européenne, prévue le 29 mars, pourrait être repoussée pour une durée «courte, pas au-delà de fin juin».

Theresa May propose de procéder en trois étapes. D’abord, d’ici au 12 mars au plus tard, elle soumettra de nouveau son projet d’accord sur le Brexit à la Chambre des communes. Si cette version est acceptée, une période de transition s’ouvrira jusqu’à fin 2020. Si le projet est de nouveau rejeté, ce qui est le plus probable, la première ministre proposera un vote pour une sortie de l’UE sans accord, le scénario le plus brutal.

Extension de la date limite

«Le Royaume-Uni ne sortira sans accord le 29 mars que s’il y a le consentement explicite de la Chambre des communes», relève Theresa May. Une façon de rejeter la responsabilité d’un tel accident de la route sur les membres du parlement. Ceux-ci devraient de toute façon rejeter une telle idée à une très large majorité. Dans ce cas-là, le 14 mars, ils vont pouvoir voter sur une extension de la date limite du Brexit. Et, faute de solution alternative, il est probable qu’ils choisissent cette option.

Il faudra alors que les Vingt-Sept acceptent à l’unanimité de repousser la date. Ils ont déjà indiqué que si l’extension était de courte durée, cela ne devrait pas poser de problème majeur. Un sommet européen, qui se déroule les 21 et 22 mars, pourrait être l’occasion d’entériner la décision.

Les élections européennes compliquent la donne

Reste qu’un tel gain de temps ne peut excéder trois mois. Les élections européennes, organisées fin mai, viennent compliquer la donne. Difficile d’imaginer que le Royaume-Uni vote pour ses députés européens alors qu’il est sur le point de sortir de l’UE. «Quel message cela enverrait-il aux 17 millions d’électeurs qui ont voté pour quitter l’UE il y a presque trois ans?» avertit Theresa May.

Par ailleurs, ce possible répit ne règle pas le problème principal: aucun compromis n’émerge pour mettre d’accord les députés. «A la fin, le choix auquel nous faisons face ne change pas: partir avec un accord, partir sans accord, ou ne pas avoir de Brexit», rappelle la première ministre britannique. Le risque du «no deal» sera toujours le même, simplement repoussé.

Tous les députés, quel que soit leur bord, s’accordent sur ce constat. «Je ne vois pas de raison que l’équilibre parlementaire change», estime Dominic Grieve, député conservateur opposé au Brexit, qui prône un deuxième référendum. «Rien n’a changé», ajoute Anna Soubry, députée désormais sans étiquette, après avoir démissionné du parti conservateur la semaine dernière pour protester contre le risque du «no deal». Les élus britanniques pourraient gagner quelques semaines, mais le choix qui les attend reste le même.

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