En mai 2015, David Cameron remportait une victoire aussi spectaculaire qu’inattendue aux élections législatives. Pour la première fois depuis 1992, les conservateurs obtenaient une majorité absolue à la Chambre des communes. Et pourtant, moins d’un an plus tard, une atmosphère fin de règne semble dominer à Westminster.

Les efforts vains du premier ministre

Après une semaine torride où le premier ministre britannique a été acculé à publier ses déclarations d’impôts, suite à l’enquête des «Panama Papers» révélant qu’il avait eu des actions dans un fonds enregistré aux Bahamas, il est venu lundi s’expliquer devant les députés. Il a rappelé que la transparence dont il a fait preuve sur ses affaires fiscales est «sans précédent». Il a aussi annoncé de nouvelles mesures pour lutter contre l’évasion fiscale. En particulier, tous les territoires d’outre-mer britanniques vont désormais publier un registre des bénéficiaires des entreprises qui sont enregistrées dans leurs juridictions.

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Mais les efforts du leader conservateur pour mettre un point final à cette affaire se sont noyés dans le brouhaha de la Chambre des communes. L’opposition travailliste était ragaillardie. Dennis Skinner, un ancien mineur et doyen des députés travaillistes, s’est même fait expulser de l’assemblée pour avoir traité David Cameron de dodgy Dave («Dave l’embrouille»).

«Il y a une règle pour les super-riches et une règle pour les autres, a attaqué Jeremy Corbyn, le leader travailliste. Je ne suis pas sûr que le premier ministre comprenne complètement la colère qui règne contre cette injustice. Comment est-il possible que les gens qui nettoient les rues, les enseignants et les infirmières travaillent et paient leurs impôts, alors que certains au sommet pensent que les règles ne s’appliquent pas à eux?»

Face à ces attaques, les conservateurs ont répondu sur un ton de lutte des classes. Une députée conservatrice a traité John McDonnell, le numéro deux du Parti travailliste, «d’abruti marxiste». Un autre a attaqué les députés Labour: «Ils détestent tous ceux qui ont une once de richesse.»

Le paradoxe est que David Cameron n’a rien fait d’illégal et n’a même pas profité de l’arrangement révélé par les «Panama Papers». Le premier ministre britannique a payé pleinement ses impôts en vendant en 2010 ses actions dans Blairmore Holding, la société de son père. Mais l’affaire touche son talon d’Achille: ses origines de grand bourgeois. Les Britanniques savent désormais que David Cameron déclare 270 000 francs de revenus par an, (trois-quarts venant de son salaire et un quart de la location de sa maison londonienne). Son plus proche allié, George Osborne, le chancelier de l’Echiquier, a lui aussi publié sa déclaration fiscale: ses revenus s’élevaient au même montant, grâce aux dividendes versés par l’entreprise de son père. En comparaison, Jeremy Corbyn, qui s’est aussi plié à l’exercice de transparence, gagne annuellement 95 000 francs.

Le «Brexit» divise les conservateurs

La cote de popularité de David Cameron a chuté à son plus bas niveau depuis 2013: 34% des Britanniques estiment que le premier ministre fait un bon travail, et 58% un mauvais, soit un solde négatif de 24 points. Pour la première fois, Jeremy Corbyn fait mieux que lui, avec un solde négatif de 22 points.

L’épisode des «Panama Papers» n’aurait cependant pas eu autant de répercussions si elle ne se déroulait pas à deux mois et demi du référendum sur le maintien ou la sortie de l’Union européenne. Son propre camp est profondément divisé. La majorité des militants conservateurs souhaitent le «Brexit» (British exit), contre l’avis de David Cameron. Ceux-ci sont remontés contre la décision du gouvernement d’envoyer une brochure de 16 pages à tous les Britanniques, expliquant l’intérêt de rester dans l’UE. Pour eux, il s’agit d’un contournement des règles électorales.

Cette guerre larvée explique sans doute que les ténors conservateurs ont fait preuve d’un étonnant silence depuis une semaine, ne défendant David Cameron que du bout des lèvres.

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Dans ce contexte, sa succession est dans tous les esprits. En cas de «Brexit», le premier ministre britannique sera presque certainement acculé à la démission. Mais même en cas de victoire étriquée lors du référendum, sa survie politique n’est pas garantie. Les règles internes du Parti conservateur permettent de lancer une élection du leader si seulement 50 députés le demandent. Si les anti-Cameron se rassemblent, ils peuvent aisément démarrer le processus.

Les prétendants à sa succession aiguisent donc les couteaux. Le très médiatique maire de Londres, Boris Johnson, s’est rangé dans les rangs du Brexit avec cette idée en tête. George Osborne et Theresa May, la ministre de l’Intérieur, sont deux autres candidats potentiels. Face à cette bataille en coulisses, David Cameron perd chaque jour un peu plus d’autorité.