Avec sa mèche de premier de la classe, son sourire charmeur et ses manières toujours impeccables, David Cameron ferait un gendre idéal. Mais les Britanniques lui ont choisi un rôle nettement plus ambitieux: il est désormais le favori pour devenir le prochain premier ministre.

Alors que les conservateurs pourraient remporter ce jeudi l'élection législative partielle de Crewe, une circonscription du nord de l'Angleterre jusqu'à présent fief travailliste, leur jeune leader est désormais une figure incontournable du paysage politique britannique. Mais à quoi croit-il vraiment?

L'Europe esquivée

«En termes de politiques, il est très difficile de savoir ce qu'il pense, répond Anthony Wells, analyste politique à l'institut de sondages YouGov. Jusqu'à présent, il s'est contenté de lancer de grands messages, pour souligner qu'il défend l'environnement, le NHS (ndlr: service de santé) et, de façon générale, des conservateurs plus doux.»

A seulement 41 ans, David Cameron a pourtant réussi ce qui semblait impossible il y a tout juste deux ans. Les tories ne font plus peur et le spectre de la crise économique de 1992, sous John Major, est écarté. Leur victoire avec 44% des voix lors des récentes élections municipales, soit 20 points d'avance sur le Labour, a rendu leur retour au pouvoir tout à fait réaliste.

Pourtant, David Cameron joue sur le flou artistique depuis son élection à la tête des tories en décembre 2005. Sur l'Europe en particulier, sujet qu'il évite avec soin, il refuse de se prononcer clairement. Certes, il demande très publiquement un référendum sur le traité de Lisbonne, parce qu'il sait pertinemment que Gordon Brown ne le fera pas. Mais il ne précise pas ses intentions s'il devient premier ministre après ratification du traité: «Nous ne laisserons pas le sujet de côté», se contente-t-il d'indiquer. De même, sa promesse de sortir les conservateurs du PPE, le groupe de droite du Parlement européen, est jusqu'à présent restée lettre morte.

Prudence budgétaire

Mais le sujet le plus important outre-Manche concerne la fiscalité. Les conservateurs, quasiment par réflexe, promettaient des baisses d'impôts à chaque élection perdue depuis une décennie. David Cameron a choisi de mettre fin à cet engagement, comprenant que cela entamerait la crédibilité de son parti. Lundi, dans un long discours à Birmingham, il a affiché une nouvelle fois sa prudence budgétaire. «Nous plaçons la stabilité économique avant les baisses d'impôts», explique-t-il, même s'il ajoute: «Une baisse d'impôts à long terme est nécessaire.»

Mais là encore, David Cameron se refuse à afficher un programme détaillé. Le seul moment où il a dévoilé des mesures précises a été en octobre, quand il était dos au mur, Gordon Brown ayant laissé entendre qu'il allait appeler à des élections anticipées. Le leader des tories a alors sorti de son chapeau deux mesures phares: réduction des impôts sur les successions et taxation des non-doms, ces riches étrangers non imposés. Face à la popularité immédiate de ces idées, le gouvernement de Gordon Brown les a tout de suite reprises à son compte. Mal lui en a pris: la polémique sur les non-doms a provoqué la colère de la City. «Quand les travaillistes ont copié les propositions des conservateurs, on s'est aperçu que celles-ci n'avaient pas été très bien conçues», souligne Anthony Wells.

Alors, David Cameron, simple beau parleur, machine à relations publiques sans programme? Peut-être. Mais en 1994, les mêmes questions étaient posées à propos d'un certain... Tony Blair, avant qu'il ne remporte trois élections de suite.