sommet de l’OTAn

David Petraeus, un général condamné au succès

Le commandant en chef de la coalition s’exprime ce samedi à Lisbonne devant les dirigeants alliés. Sans autre alternative que de promettre la «fin du tunnel»

A qui feront-ils confiance? Au président afghan Hamid Karzaï, de plus en plus tenté de contrer les occidentaux en s’alliant au Pakistan et à l’Iran? Ou à l’homme qui, derrière ses quatre étoiles, est en réalité le proconsul civil et militaire de l’Afghanistan en guerre: le Général David Petraeus?

Réponse évidente. Ce samedi, les chefs d’Etat ou de gouvernement des 48 pays engagés au sein de la Force internationale d’assistance (l’ISAF) approuveront à Lisbonne, la stratégie «Petraeus» élaborée pour l’essentiel entre le QG allié à Kaboul, le Pentagone et la Maison-Blanche: «Petraeus n’est pas venu ici pour écouter confie un officier supérieur européen, mais pour resserrer les rangs de la coalition durant la transition annoncée».

Cette transition, pour le général, se résume en une date: 2014-2015. Plutôt que celle de juillet 2011, imposée par Barack Obama comme le début de l’«afghanisation» progressive du conflit. «Petraeus veut une garantie sur trois ans», complète un expert. Avec l’intention d’aboutir, de plus en plus, à une division des rôles: la conduite générale des hostilités pour les Américains, la formation de l’armée et de la police afghane pour les alliés, le contrôle des militaires des régions conquises pour le gouvernement de Kaboul.

David Petraeus, sauveur de l’OTAN en Afghanistan? La formule n’est pas exagérée, au vu de la mission dont doit s’acquitter ce diplômé de Princeton, qui vient de fêter ses 58 ans le 7 novembre. Barack Obama, qui l’a nommé fin juin pour remplacer Stanley Mc Crystal à Kaboul – limogé pour avoir critiqué l’exécutif dans la presse – a mis la barre très haut. Comme il l’a fait en Irak en 2007-2008, ce général très politique, sympathisant du parti républicain, doit à la fois reconquérir le terrain perdu militairement, puis rendre possible le transfert du pouvoir aux autorités afghanes. En clair: faire oublier le gâchis des années 2002-2008, pendant lesquels l’Afghanistan fut abandonné par les Etats-Unis, et peu à peu perdu par une coalition de l’OTAN bien trop hétéroclite.

Son avantage, pour y parvenir, est de jouer sur différents tableaux. Pour avoir, en 2006-2007, produit le nouveau manuel de contre-insurrection de l’armée américaine, David Petraeus croit à la force pour faire la différence politique. Il a donc depuis son arrivée multiplié les raids nocturnes, tirs de drones ou autres expéditions des forces spéciales, remettant en cause les limites d’engagement définies par son prédécesseur, dont le souci prioritaire était d’épargner les civils.

Mais à la différence du «gladiateur» Mc Crystal, l’actuel commandant en chef joue aussi à plein du carnet de chèques pour soudoyer informateurs et chefs de tribus, ou débloquer des dossiers englués de construction d’infrastructure. Grâce à son entregent à Washington, acquis lorsqu’il dirigeait le Centcom (la région allant de l’Afrique à l’Inde), ses demandes de matériel sont en outre toutes exaucées. Comme celle récente, confirmée vendredi par la presse, de plusieurs bataillons de chars pour défendre les districts reconquis dans le sud pachtoune.

L’autre atout de David Petraeus, évident à Lisbonne, est qu’il en impose au sein de l’OTAN. En lien direct avec le président Obama, le général n’a pas besoin de ménager le secrétaire général de l’alliance, Anders Fogh Rasmussen, ou même son chef militaire américain, l’amiral Stavridis. «La chaîne de commandement de l’OTAN en Afghanistan est devenue très simple et très directe», ironise un officier français. Ce qui pourrait aussi, toutefois, devenir le point faible d’un officier déjà présenté par la presse américaine comme un candidat putatif à la présidence. Surtout si les relations devaient se détériorer entre ses deux principaux interlocuteurs: Barack Obama et Hamid Karzaï.

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