Des militants pro-Donald Trump sont entrés de force dans le Capitole ce mercredi 6 janvier. Une occupation qui avait pour but d’empêcher la proclamation de la victoire de Joe Biden par les membres du Congrès. Cette dernière est officialisée, mais les premières actions du nouveau président seront déterminantes pour restaurer l’image du pays, estime David Sylvan. Le professeur de relations internationales et de science politique à l’Institut de hautes études internationales et du développement (IHEID) revient sur les violentes manifestations qui ont eu lieu et analyse ses répercussions sur la vie politique américaine.

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Le Temps: Pour faire cesser l’occupation de l’hémicycle, Mike Pence a sollicité la garde nationale. Cette intervention du vice-président a incité des membres du comité judiciaire de la Chambre des représentants à demander l’invocation du 25e amendement pour que Donald Trump soit démis de ses fonctions. Est-ce crédible?

David Sylvan: Cela me paraît invraisemblable, étant donné que la Constitution américaine exige que le vice-président et une majorité de ministres y soient favorables. Il ne faut pas oublier que Donald Trump a positionné de grands fidèles à ces postes. Les probabilités sont donc minces et même si ces derniers pourraient le juger effectivement incompétent, ils préféreront certainement ne pas faire de vagues et attendre le 20 janvier qu’il quitte officiellement la Maison-Blanche. D’autant plus que Donald Trump, pour empêcher l’invocation de cet amendement, a désormais promis de coopérer à la transition. Une volonté d’apaisement qui était nécessaire et attendue.

Cette insurrection a-t-elle engendré l’éclatement du Parti républicain, déjà frémissant?

Il y a un ras-le-bol certain des républicains. Des sénateurs qui avaient promis de s’opposer à la certification de Joe Biden ont changé d’opinion en réaction à ces événements et aux encouragements donnés par Donald Trump. L’un des plus loyaux soutiens du président, Mitch McConnell, chef du groupe républicain au Sénat, est lui aussi en rupture avec Donald Trump. Il a appelé ses homologues à certifier la victoire de Joe Biden, qualifiant un refus de risque mortel pour la démocratie. Ses fidèles sont en pleine désillusion. Il avait déjà aliéné ses alliés, représentants et sénateurs, ils sont aujourd’hui ses adversaires.

Ces images chocs et cette situation nuisent également à l’image du pays à l’étranger.

Les actions ne se sont pas déroulées uniquement à Washington. Plusieurs tentatives d’intimidation coordonnées ont eu lieu dans différents Etats américains, comme en Géorgie pour cibler le secrétaire d’Etat avec lequel Donald Trump avait échangé par téléphone le week-end dernier. Cela a fragilisé l’image du pays et de la démocratie américaine. C’est du jamais-vu et il est trop tôt pour faire des prédictions. Tout dépendra de l’incrimination ou non des personnes qui ont occupé le Capitole, des premières actions menées par Joe Biden après son investiture et de la couverture médiatique qui va suivre.

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D’après vous, quels en seront les premiers effets sur le plan de la politique intérieure?

D’un point de vue politique au sein des Etats-Unis, je pense que Donald Trump a accentué une profonde division au sein même de son parti. Alors qu’il faut se montrer solidaire et qu’il ne cesse de parler de loyauté, au cours de son mandat il n’a cessé de rejeter les fautes sur les autres, d’évincer et de menacer. Nous l’avons encore vu récemment à l’encontre des gouverneurs républicains du Nevada, de l’Arizona et de Géorgie. Dans ce dernier Etat, au lieu d’encourager ses partisans à voter pour les sénateurs de son parti, Donald Trump a passé la majorité du temps à se présenter en victime. Résultat: les démocrates ont obtenu deux sièges alors que cela n’était pas arrivé depuis des décennies. Les républicains ont perdu le contrôle du Sénat par sa faute et l’ont en travers de la gorge. Désormais, il y a des républicains qui reconnaissent la légitimité de Biden et ceux qui estiment que l’élection est frauduleuse. Cela aura son importance dans les mois à venir et engendrera à mon sens la création d’un nouveau groupe, voire d’un parti.