WEF

Davos sous le signe du réveil européen

Un rapport du Forum économique mondial de Davos confirme que l'Union européenne dispose désormais d'une réelle opportunité de réforme. Mais Emmanuel Macron apparait le seul capable de la porter.

Les dernières éditions du World Economic Forum de Davos faisaient surtout l'inventaire des problèmes rencontrés par l'Union européenne (UE). Virage symbolique, le WEF publie cette fois, en avant première de son rendez-vous annuel dans la station grisonne, un rapport à la fois prospectif et positif sur l'avenir de l'UE. Co-écrit par l'institut Mc Kinsey, ce document intitulé «Renouveler l'Europe» articule deux axes principaux pour l'avenir du continent: l'économie centrée autour de l'humain (Human Centric Economy) et la question de la gouvernance démocratique.

«Un nouveau contrat social européen doit permettre à la fois aux jeunes générations d'avoir confiance dans les valeurs et les libertés fondamentales, et de s'intégrer dans l'économie de la quatrième révolution industrielle», expliquent les auteurs. Point éloquent: les «conséquences sociales» de la numérisation de l'économie sont à plusieurs reprises pointées dans ce rapport comme l'enjeu essentiel du renouveau communautaire…

Outils de stabilisation budgétaire

Le débat sur l'avenir de l'Europe - toujours compliqué en Suisse par les convulsions bilatérales entre Berne et Bruxelles - sera à l'agenda du Forum de Davos dès mercredi, avec l'intervention successive d'Angela Merkel et d'Emmanuel Macron. La chancelière allemande - dont le programme de grande coalition négocié avec les sociaux-démocrates sera soumis aux militants du SPD ce dimanche 21 janvier - était à Paris vendredi soir pour préparer les prochaines échéances de l'UE. Au coeur des discussions franco-allemandes figure la volonté de Paris d'avancer vite sur une réforme de la zone euro, avec notamment l'adoption d'outils de stabilisation budgétaire en cas de crise plus performants que l'actuel «Mécanisme européen de stabilité» basé à Luxembourg.

Le rapport du World Economic Forum ne liste pas des propositions phares pour sortir du marasme économique et institutionnel qui paralyse le continent européen depuis l'éclatement de la crise financière il y a une décennie - une crise déclenchée par la faillite de la banque américaine Lehman Brothers, puis la crise de la dette souveraine grecque. Il pointe les grandes questions sur lesquelles l'Europe peut asseoir un leadership international incontestable.

La transition vers une économie décarbonée est mise au premier plan, axe d'autant plus saillant pour le WEF qu'il accueillera Donald Trump à Davos le vendredi 26 janvier. «L'Union européenne devrait équiper tous ses consommateurs d'énergie - citoyens, entreprises, collectivités locales - avec les outils nécessaires pour mieux contrôler leur consommation, minimiser leurs déchets et investir dans des infrastructures plus soutenables», estime le rapport, qui redit l'engagement de l'UE à atteindre une économie zéro-carbone en 2050.

Possibles tensions entre Prague et Bruxelles

Dans les coulisses de la préparation de Davos, où le président de la Commission européenne sera présent aux côtés de deux de ses vice-présidents, de cinq de ses commissaires et du négociateur du Brexit Michel Barnier, un autre sujet vient toutefois tempérer l'optimisme de ce document: l'écueil des populismes susceptibles, à chaque nouveau scrutin, de bousculer l'échiquier politique et de remettre en cause les réformes entreprises.

Hier, la levée de l'immunité parlementaire du premier ministre tchèque Andrej Babis, un milliardaire souvent comparé à Donald Trump, a ouvert une nouvelle phase de possibles tensions entre Prague et Bruxelles, alors que les gouvernements polonais et Hongrois sont déjà en confrontation ouverte avec l'exécutif communautaire. Andrej Babis, deuxième fortune du pays, est accusé d'avoir dans le passé maquillé les comptes de ses entreprises pour bénéficier de subventions européennes. Deux rendez-vous électoraux cruciaux se profilent: les élections législatives italiennes du 4 mars, sous la menace du «Mouvement Cinq Etoiles», et de possibles élections en Grèce, avec le risque d'une nouvelle poussée des néo-nazis d'Aube Dorée.

Décourager les investissements chinois

Comment contrer cette vague populiste européenne au moment où les inégalités économiques ne cessent de s'accroitre? Emmanuel Macron, partisan comme ses prédécesseurs d'une «Europe qui protège», a souvent mis en avant la voie d'un protectionnisme à l'échelle européenne. Cela passe, répète son entourage, par la protection de secteurs stratégiques qui devront être réservés aux 27 et entourés de mesures susceptibles de décourager, par exemple, les investissements chinois. Cela passe aussi par des accords dans le secteur de la défense, que le rapport du WEF appelle de ses voeux.

«L'Europe doit devenir, dans le monde fracturé d'aujourd'hui, un acteur de la sécurité mondiale plus effectif et mieux coordonné, avance le rapport. Seule une plus grande capacité militaire peut lui donner les moyens de défendre ses intérêts.» Le président français, après avoir fait face dès son investiture à la colère des militaires, a reçu le message: il s'est engagé vendredi à «un effort inédit et incomparable en faveur de la défense». Le seuil de 2% du PIB pour la défense, que le WEF estime justifié, ne sera toutefois pas atteint dans l'hexagone avant 2025.

Publicité