La débâcle historique

des socialistes

Sans visions stratégiques, sans grands traits de génie, mais en chancelière rassurante et prévisible, Angela Merkel est reconduite au pouvoir pour quatre ans. Une grande majorité d’Allemands en est plutôt satisfaite; elle n’a pas démérité, a représenté dignement l’Allemagne et son gouvernement a plutôt bien fait face à la crise.

Avec un paysage politique sans grands leaders, morcelé en cinq partis, où l’extrême gauche s’est durablement installée, confrontée à une société où s’élargit le fossé entre riches et pauvres, l’Allemagne a besoin d’un gouvernement stable et fiable. Si les libéraux du FDP sont prêts, pour quelques maroquins, à avaler toutes les couleuvres sociales que leur présentera la chancelière, c’est envisageable.

Pourtant, la composition d’une nouvelle coalition conservatrice-libérale ne doit pas grand-chose à la CDU, qui enregistre sa plus mauvaise performance de toute son histoire. Elle doit beaucoup plus à l’effondrement historique du plus vieux parti allemand, le SPD. Une chute de onze points. Une débâcle. Son candidat, Frank-Walter Steinmeier, n’a pas démérité, compte tenu d’une personnalité centriste, plutôt grise, moins portée aux estocades qu’à la recherche du consensus.

Mais le SPD allemand est victime de la conjugaison de phénomènes nationaux et européens. D’abord, une stratégie louvoyant entre la satisfaction des revendications sociales de sa base syndicaliste et le maintien du cap des réformes sociales lancées par Gerhard Schröder. Une succession de quatre présidents, le maintien d’une direction vieillissante, ensuite. Enfin les Allemands étaient fatigués de la grande coalition, jugée trop immobile.

Le SPD est aussi victime de la disparition de sa base ouvrière, de la montée de l’individualisme qui profite aux libéraux, et sans doute, comme pour les autres partis sociaux-démocrates européens, du succès même de l’idée d’Etat social reprise par les autres partis.