crise libyenne

Débandade à la fondation genevoise du fils Kadhafi

Le principal véhicule d’influence de Saïf al-Islam, que l’on disait favori pour succéder à son père, est décapité depuis mercredi

Youssef Sawani et Benjamin Barber, respectivement directeur et président de la Fondation internationale Kadhafi pour la charité et le développement (GICFD), ont remis mercredi leur démission pour protester contre le massacre de manifestants en Libye et le discours tenu dimanche dernier par Saïf al-Islam Kadhafi, fils de Mouammar et président honoraire de la GICFD.

Dotée d’un budget de fonctionnement de 3,5 millions de dollars, selon un câble diplomatique américain (10TRIPOLI74), la fondation créée en 2003 est enregistrée à Genève auprès de l’étude d’Elisabeth Ziegler, qui dit au Temps n’avoir jamais rencontré le fils Kadhafi et servir de simple boîte aux lettres. La Surveillance fédérale des fondations confirme que la GICFD figure au registre tenu par la Confédération et se soumet aux contrôles usuels, mais refuse tout commentaire sur les résultats de ces contrôles.

La fondation de Saïf al-Islam a servi d’intermédiaire en Libye pour plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, comme Human Rights Watch et Amnesty. Elle a facilité la libération de 130 membres du Libyan Islamic Fighting Group et le transfert à Genève, fin 2008, du prisonnier politique Idriss Boufayed, atteint d’un cancer. Elle a aussi servi de plate-forme de négociation pour la libération de l’opposant le plus connu au régime, Fathi el-Jahmi, qui est mort à Amman (Jordanie) peu après avoir été évacué de la prison où il était tombé dans le coma. Son hospitalisation en Suisse avait aussi été évoquée.

Les câbles américains montrent que la GICFD a aussi été approchée par la Confédération dans ses différentes tentatives de faire libérer les deux otages suisses en Libye.

Outre cette diplomatie humanitaire, la GIFCD a donné 50 millions de dollars pour construire 1250 maisons dans la bande de Gaza et fourni des tonnes de matériel à Haïti après le tremblement de terre de 2010. Elle finance aussi de l’aide alimentaire et des campagnes de vaccination.

Jusqu’aux événements de ces dernières semaines, elle était considérée comme le forum de discussion le plus prometteur pour réformer la dictature libyenne, son créateur Saïf al-Islam Kadhafi ayant lui-même tenu plusieurs discours allant dans ce sens. Son intervention télévisée de dimanche soir, tandis que les mercenaires du régime tiraient aveuglément sur des civils désarmés, a mis fin à cet espoir.

«La position de la Fondation a été rendue intenable par la répression qui s’est abattue dans tout le pays, par les moyens les plus barbares, et par les déclarations publiques de son président honoraire Saïf al-Islam Kadhafi, endossant la répression et justifiant le massacre des manifestants», écrit Benjamin Barber dans sa lettre de démission. De son côté, Youssef Sawani a exprimé «son désarroi face à la violence».

Principal véhicule d’influence intérieur et international de Saïf al-Islam, la GICFD est désormais décapitée, ce qui réduit considérablement les chances du fils Kadhafi de tirer son épingle du jeu dans le chaos créé par son père.

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