Ceux qui pouvaient espérer que les éléments d'autonomie proposés aux Corses par Lionel Jospin provoqueraient ruptures et coups de semonce vont être déçus: ni Jean-Pierre Chevènement, dont on pensait qu'il claquerait la porte du gouvernement, ni Jacques Chirac, pourtant habitué à chapitrer l'équipe au pouvoir, n'ont haussé le ton ces dernières heures. Le premier a rencontré discrètement le premier ministre samedi. Les deux hommes ont décidé d'attendre la rentrée. Au Conseil des ministres, le chef de l'Etat s'est contenté de rappeler que les réformes du gouvernement sur la Corse devaient se faire «dans la clarté». L'Ile de Beauté, a-t-il ajouté «est dans la République et entend y rester».

Jamais deux sans trois?

Débat clos? Moins que jamais. Mais la conjoncture est telle que les deux acteurs en question ne tiennent pas à aller plus loin. Jean-Pierre Chevènement, ici, est un cas. «Donner un pouvoir législatif» à la Corse sera «concéder la souveraineté», déclarait-il, très remonté, au Monde le 19 juillet dernier, en mettant surtout en lumière le caractère «politico-mafieux» de cette future loi corse. Bref, sa critique radicale donnait à penser qu'il allait quitter le gouvernement, comme il le fit à deux reprises dans les années 1980. Plusieurs l'y ont appelé ces derniers jours. S'il ne s'y résout pas, c'est non seulement parce que le premier ministre n'a pas eu de peine à démontrer que la dévolution offerte aux Corses ne touchera que le pouvoir réglementaire et non celui des lois comme telles: un pouvoir encadré par le parlement, donc.

Et même si le chef de file des nationalistes, Jean-Guy Talamoni, a fait à nouveau tempêter le ministre de l'Intérieur, scandalisé de sa solidarité à l'endroit des Corses emprisonnés, Jean-Pierre Chevènement s'en tient là. Son vieil ami Jospin aura su lui faire entendre que leurs intérêts étaient liés: le premier ministre au nom de l'équilibre extrêmement subtil qui préside à la composition de son gouvernement où, aux exigences sociales maximales du PC et aux foucades des Verts, il peut opposer les solides convictions républicaines de Chevènement. Celui-ci, de son côté, ne sait que trop qu'il ne représente que lui-même. Hors du gouvernement, il n'est plus à la tête que de 2% de l'électorat, et sans lieutenant à sa hauteur. Quitte à hausser le ton de temps en temps, il a intérêt à ne pas rompre.

Quant à Jacques Chirac, il est doublement embarrassé. A la fois parce que son camp – la droite – est divisé sur la réforme proposée par Jospin: les centristes l'approuvent, et si au RPR parisien, les critiques fusent, ce n'est pas le cas sur l'île, où les élus gaullistes paraissent suivre le mouvement. Enfin, tout indique que le premier ministre ne sort pas de son pré carré. La réforme, par sa relative modestie, ne sort pas du champ de ses compétences: comment le président pourrait-il s'y opposer?