Il y avait, jeudi soir, deux présidents au second débat télévisé de la primaire de la droite française, dans une salle Wagram plus solennelle que le plateau de TF1 du premier débat. Et à leurs côtés, une candidate pugnace, habile et moderne, peut-être capable d’incarner le renouveau de la droite française.

Un présidentiable solidement installé en la personne d’Alain Juppé, à l’aise dans l’exercice du candidat au-dessus de la mêlée malgré quelques crispations, et également à l’aise dans sa position de rassembleur.

Un ancien président cantonné dans le passé nommé Nicolas Sarkozy, attaqué par tous ses adversaires et renvoyé dans les cordes sur la question du futur rôle du centriste François Bayrou, dont il espérait faire le point d’orgue de sa bataille.

Aux points, le maire de Bordeaux sort de nouveau clairement vainqueur de ce combat télévisuel. De sorte qu’une redistribution des cartes du premier tour de cette primaire n’est plus à exclure. Avec toujours deux outsiders différemment positionnés: François Fillon en candidat le plus expérimenté, Bruno Le Maire en frondeur résolu à renverser la table.

Autre révélation: le retour en grande forme de Nathalie Kosciusko-Morizet, en candidate féminine qui redresse enfin la tête et fait entendre un son de cloche différent. Les explications et les notes du «Temps».

Notre galerie des candidats de la droite française


Nicolas Sarkozy: l’ex-président assiégé

L’ancien chef de l’Etat français a clairement raté cette seconde marche cathodique. Lui qui rêvait d’un duel avec Alain Juppé, son principal adversaire, s’est retrouvé attaqué par tous ses adversaires… sauf le maire de Bordeaux, resté intelligemment au-dessus du lot. Rivé dans le passé lorsqu’il a évoqué à plusieurs reprises son quinquennat. Isolé dans ses attaques contre l’ancien candidat centriste François Bayrou. Sans impact lorsqu’il annonce qu’il ne se représentera pas en 2022 s’il est élu. Pas un seul point marqué. Juste la défense et le rappel de son bilan. Comme s’il attendait de ses adversaires une loyauté qu’ils ne veulent plus lui donner.
Nicolas Sarkozy n’a pas joué le bon match. Il s’est dévalorisé en s’accrochant avec ses adversaires, a manqué de percussion sur le terrorisme, comme s’il avait déjà intériorisé la victoire d’Alain Juppé. On a senti à nouveau que l’ancien président français n’est pas fait pour cette primaire à plusieurs, qu’il rêve de se retrouver seul devant les caméras. L’erreur de casting commence à se faire sentir.


Alain Juppé: la force tranquille du présidentiable

Il parle déjà en président. En position de force. En rassembleur de la droite et du centre. L’ancien premier ministre a déroulé son programme, rappelé sa promesse de ne faire qu’un seul mandat. Cohérent sur sa lecture de l’Etat et de ses missions, par exemple sur la justice. Il s’est refusé à taper. Il est resté au-dessus de la mêlée, rappelant même à l’ordre les journalistes plutôt pugnaces.
Crispé dans les plans de coupe, Alain Juppé pèche toujours par son côté professoral mais il fait mouche lorsqu’il affirme défendre «les intérêts de la France» et refuse d’entrer dans le débat autour de Bayrou et des alliances futures. Il énumère ses soutiens. Il frappe juste lorsqu’il affirme qu’il n’a rien promis et qu’il n’a rien demandé. Son seul missile anti-Sarko fait mouche, lorsqu’il dénonce l’ouverture à des ministres de gauche faite en 2007 par Nicolas Sarkozy… après la présidentielle, et sans l’avoir annoncée au préalable.


François Fillon: les limites de la fidélité

«Une politique qui marche, ça s’appelle le gaullisme.» La phrase résume le personnage que l’ancien premier ministre français brosse de lui-même à chaque débat. Déterminé, solide… il lui manque encore l’habileté du débatteur. Le premier débat télévisé centré sur l’économie était son rayon. Fillon est bon lorsqu’il fait référence aux institutions qui font la France et «évitent l’insurrection». Il campe le candidat du recours. Plus rassurant que Bruno Le Maire. Aussi compétent que Sarkozy. Il répète sa carte de la transformation économique radicale. Il consolide sa position d’outsider de la droite ferme si Nicolas Sarkozy devait décrocher. Moins à l’aise que Le Maire. Joue la référence, les fondamentaux et l’autorité. A parlé avec autorité sur le totalitarisme islamique. Mais la fidélité et la référence peuvent-elles répondre aux aspirations des électeurs?


Bruno Le Maire: le risque de la rupture

Un seul mot d’ordre: attaquer pour s’imposer. Ouvrir une brèche. Jouer la carte de la jeunesse contre la vieille politique. C’est ce que Bruno Le Maire a tenté de faire, bousculant d’emblée Nicolas Sarkozy sur sa décision de renoncer à la politique en 2012, puis son retour dans l’arène. Il a interpellé. Il a joué des coudes. Il a campé son personnage de candidat déterminé, défenseur d’une justice d’exception et d’une révision des liens diplomatiques avec les pays arabes. Mais à nouveau, sa crédibilité a été entachée par une erreur sur le déploiement des forces françaises au sol en Libye, alors que seule une intervention aérienne a eu lieu. Bruno le Maire s’est montré le plus offensif contre Nicolas Sarkozy. Il a fendu l’armure. Il a tapé. Mais peut-il bousculer les favoris? Pas sûr.


Nathalie Kosciusko-Morizet: féminine et pugnace

La seule femme candidate de ces primaires avait raté le premier débat télévisuel. Changement radical cette fois: Nathalie Kosciusko-Morizet (dite NKM), libérale assumée et opposante radicale au Front national, a crevé l’écran. Plus épanouie, elle a joué l’effrontée intelligente, attaquant sans répit Nicolas Sarkozy sur ses promesses écologiques trahies, sur sa proximité avec son ex-conseiller d’extrême droite Patrick Buisson, sur son «ni-ni» vis-à-vis du Front national. Nathalie Kosciusko-Morizet a enfin joué le rôle que l’on attendait d’elle: celui de la femme brillante, insolente, désireuse d’explorer de nouvelles solutions et de lever les tabous du non-dit, y compris sur l’islam de France. Une prometteuse percée cathodique. Sa déclaration finale, appelant les Français à lui donner de la «force», montre qu’elle espère encore créer la surprise.


Jean-François Copé: l’outsider inaudible

Il s’agissait pour le maire de Meaux de peser sur le débat pour exister. Il s’est à nouveau montré habile, offensif, mais n’a pas réussi à s’imposer comme une alternative. La belle prestation de NKM a fait oublier certaines erreurs. Le lapsus sur les ministres de gauche l’a plongé. Son concept de «droite décomplexée» est mordant, mais l’on voit mal Copé faire plus que de la figuration.


Jean-Frédéric Poisson: plombé par son amateurisme

Le député du Parti chrétien démocrate avait profité, lors du premier débat, de l’effet de surprise, aidé par son parler populaire. Cette fois, plus de surprise. Et une vraie gaffe lorsqu’il a évoqué sa visite au dictateur syrien Bachar el-Assad pour «vérifier s’il entend bien partir». L’affaire paraît classée pour cet élu fort chrétien, qui a reconnu partager certaines analyses du Front national, mais a affirmé qu’il ne voterait pas pour Marine Le Pen.