Les Etats-Unis, première puissance mondiale, paniquent. Alors que l’administration de Barack Obama a annoncé voici quelques semaines sa volonté d’accueillir 10 000 réfugiés syriens, la classe politique américaine se déchaîne à la suite des failles sécuritaires constatées en Europe après les attentats de Paris. Donald Trump, l’un des deux chefs de file de la course à l’investiture républicaine pour l’élection présidentielle de novembre 2016, n’a pas manqué de rebondir sur les informations selon lesquelles le cerveau présumé des attaques du 13 novembre, Abdelhamid Abaaoud, a pu se rendre en Syrie et revenir par la Grèce sans être repéré par les services de renseignement européens. Pour le milliardaire new-yorkais, il n’en fallait pas davantage pour proposer une mesure choc: ficher dans une base de données spécifique tous les musulmans vivant aux Etats-Unis. Il estime aussi que les Etats-Unis «n’auront pas le choix. Ils devront fermer des mosquées.» A ses yeux, les réfugiés syriens seraient un «cheval de Troie» du djihadisme.

Jeb Bush convoite lui aussi la Maison-Blanche. L’ex-gouverneur de Floride dénonce les propos de son adversaire Donald Trump qui, selon lui, attisent la peur des Américains. Mais le frère de George W. Bush ne manque pas d’ambiguïtés non plus: «Nous devrions admettre au minimum des orphelins ou des gens qui ne vont clairement pas être des terroristes, des chrétiens par exemple. […] Il n’y a pas de chrétiens terroristes au Moyen-Orient, ils sont persécutés.» Les déclarations de Jeb Bush et de Donald Trump ont suscité des réactions outrées de l’administration Obama. Alors que les musulmans aux Etats-Unis sont relativement bien intégrés et d’un niveau d’éducation supérieur en comparaison avec l’Europe, les deux candidats républicains introduisent dans le débat un aspect qui était resté marginal aux Etats-Unis, même si l’islamophobie avait été manifeste au lendemain des attentats du 11 septembre 2001.

Un autre candidat républicain anti-establishment, Ben Carson, a lui comparé les réfugiés syriens à des «chiens enragés». Le très placide neurochirurgien à la retraite a déclaré: «Nous devons faire la part des choses entre la sécurité et l’humanitaire. […] Si un chien enragé s’aventure dans votre voisinage, vous n’allez probablement pas en penser du bien. Et vous mettrez probablement vos enfants hors de son chemin. Cela ne veut pas dire que vous détestez tous les chiens.»

Camps pour requérants

L’outrage n’est toutefois pas l’apanage des républicains. Le maire démocrate de la ville de Roanoke, en Virginie, a suggéré de créer des camps pour réfugiés syriens du même type que ceux qui avaient été aménagés après l’attaque japonaise de Pearl Harbor en 1941 pour interner les Nippo-Américains. A la Chambre des représentants jeudi, 47 démocrates ont voté avec les républicains pour suspendre le programme d’accueil des réfugiés syriens mis en place par l’administration Obama. Des auditions ont eu lieu hier au Sénat, qui devrait voter sur le sujet ces prochains jours. Le nom de la loi est explicite: «La sécurité américaine contre les ennemis étrangers». Elle exige que chaque admission d’un réfugié soit certifiée, en termes de sécurité, par les directeurs des renseignements américains, du FBI et du Ministère de la sécurité intérieure. Une condition impossible à remplir. Nombre d’experts et certains élus du Congrès ont relevé que les opposants à la venue de réfugiés syriens se trompaient de cible, rappelant que plusieurs des protagonistes des attentats de Paris étaient Belges et Français. Ils proposent plutôt de revoir le programme d’entrée sans visa aux Etats-Unis conclu avec les Européens.

L’an dernier, les Etats-Unis ont accepté 1800 réfugiés syriens, 2000 depuis 2011. Les procédures d’admission sont draconiennes et durent parfois jusqu’à 18 mois. Au moins 26 gouverneurs sur 50 mettent les pieds au mur et refusent d’accueillir des réfugiés syriens. La Maison-Blanche leur rétorque qu’il est question ici d’une compétence fédérale.

D’Asie où il est en tournée, Barack Obama a promis d’opposer son veto si le Sénat devait confirmer le vote des représentants. Pour le vice-président, Joe Biden, bloquer le programme d’admission des réfugiés syriens, c’est donner raison aux terroristes de l’Etat islamique.