Une grande partie de l'Europe de l'Ouest a été plongée dans le noir pendant près d'une heure samedi soir, à la suite d'une défaillance sur le réseau allemand, un sérieux incident qui relance le débat sur l'organisation énergétique dans l'Union européenne.

Cette panne géante a touché environ 10 millions d'Européens, dont la moitié en France, la panne la plus grave dans ce pays depuis trente ans. Elle a affecté également l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, mais aussi dans une moindre mesure le Portugal, la Belgique, les Pays-Bas, la Croatie, l'Autriche et la République tchèque. La Suisse a été épargnée. L'interconnexion reliant le Maroc et l'Espagne, donc le Maghreb et l'Europe, a été suspendue pendant une heure.

Les coupures en cascade pourraient avoir été provoquées par l'arrêt, pourtant programmé, d'une ligne à très haute tension dans le nord-ouest de l'Allemagne pour permettre la circulation d'un bateau sur un fleuve, l'Ems. La défaillance a provoqué un déséquilibre brutal de la production en Europe, qui s'est retrouvée littéralement coupée en deux, avec un déficit de 10000 mégawatts sur la partie ouest, a expliqué le président du Réseau de transport français (RTE), André Merlin.

«Centre de coordination»

Pour éviter une surchauffe qui aurait entraîné un effondrement complet des réseaux, des systèmes de sécurité automatiques ont coupé immédiatement une partie de la consommation dans plusieurs pays, conformément à des plans d'urgence préétablis. «On est passé pas très loin d'un «black-out» européen», a souligné RTE. «On a délesté de 8 à 10% de la consommation, de manière à peu près similaire entre les différents pays», a expliqué André Merlin. Le courant, coupé peu après 22heures, a été rétabli partout entre 22h30 et 23heures après le démarrage de nouvelles capacités de production, hydraulique puis à gaz en ce qui concerne la France.

André Merlin a plaidé de nouveau en faveur de la mise en place d'un «Centre européen de coordination de transport d'électricité». Le chef du gouvernement italien Romano Prodi est allé encore plus loin en demandant une «autorité commune européenne» en matière d'énergie.