Début chaotique des pourparlers

sur le Yémen

Genève Représentants du gouvernement et de l’opposition ont été convoqués par l’ONU

Mais, après deux jours, les négociations de fond n’ont pas encore démarré

Les portes de l’ONU s’ouvriront-elles à l’opposition yéménite? Les négociations sur l’avenir du Yémen ont commencé à Genève. Elles sont aussi cruciales dans leur portée que rocambolesques dans leur déroulement.

D’un côté: ramener la paix au Yémen, un pays aujourd’hui soumis aux bombardements de l’Arabie saoudite, plongé dans le chaos, et guetté par un désastre humanitaire de très grande ampleur. De l’autre côté, inscrire dans les faits la réalité du terrain, afin que le cessez-le-feu ainsi conclu ne soit pas un simple chiffon de papier. L’objectif est ambitieux; et les premiers pas sont pour le moins confus.

C’est dans un charter apprêté par l’ONU qu’est arrivée mardi l’opposition yéménite au grand complet. Manque de chance ou constellation internationale défavorable? Elle a mis… quarante et une heures à rejoindre Genève depuis Sanaa, la capitale yéménite. Dans l’intervalle, le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est reparti de Genève, où il était venu l’accueillir. Mais ce n’était pas encore fini.

En effet, les tickets d’entrée aux négociations, menées par l’envoyé spécial de l’ONU Ismail Ould Sheikh Ahmed, sont chers. De l’avion chargé de membres des diverses composantes de l’opposition (ils sont quelque 25 à être venus à Genève), il s’agit d’en désigner sept, ainsi que trois «conseillers» supplémentaires. Cela, afin de faire jeu égal avec les représentants du gouvernement yéménite, qui a fui le pays et se trouve désormais en exil en Arabie saoudite.

«Cette condition [sur le nombre de représentants] n’avait jamais été formulée auparavant», clame Nabil Alwazir, «numéro deux» des Forces d’union populaires, l’une des composantes de l’opposition. «C’est un moyen supplémentaire de l’Arabie saoudite de faire dérailler les négociations.»

Comme ses collègues, Nabil Alwazir a dû se contenter, ces deux premiers jours de «pourparlers», d’attendre l’arrivée du représentant de l’ONU dans sa chambre d’hôtel. «Les portes de l’ONU restent fermées», soupire-t-il. Mais il reste confiant: «Cela finira par se résoudre. Nous sommes ici au nom du peuple yéménite. Si l’ONU veut progresser, elle devra forcément nous écouter.»

Les représentants du gouvernement? «Ce ne sont que des marionnettes de l’Arabie saoudite», s’exclamait-on mercredi soir dans le hall de ce même hôtel genevois, en attendant l’arrivée du Mauritanien Ismail Ould Sheikh Ahmed. La veille, un responsable du mouvement Ansar u Allah, qui s’est emparé d’une bonne partie du pays, et qui figure du côté de l’alliance de l’opposition, défendait la même ligne, exigeant de dialoguer directement avec les autorités saoudiennes.

A Sanaa, mercredi, au moins 31 personnes sont mortes dans une série d’attentats coordonnés, qui ont notamment visé des mosquées fréquentées par des Zaydites, une confession proche du chiisme dont sont issus les membres du mouvement Ansar u Allah. Une preuve supplémentaire, s’il en fallait une, que les pourparlers de Genève ont beaucoup d’ennemis.

Sachant qu’ils jouent leur légitimité, les représentants du gouvernement (qui, eux, ont accès au Palais des Nations) refusaient hier tout contact avec la presse. Mais une source bien informée expliquait au Temps: «Les négociations [avec l’ONU] étaient très tendues. Nous avons frôlé plusieurs fois la rupture.»

Dépassant de loin le simple enjeu national, la guerre au Yémen s’est convertie en l’un des champs de bataille de la confrontation générale qui oppose désormais l’Arabie saoudite et l’Iran. Pas moins de 18 pays ont été appelés à la rescousse pour servir de soubassements à ces négociations. Mais à l’inverse de l’Arabie saoudite, l’Iran n’y figure pas.

«Nous sommes décidés à obtenir un réel cessez-le-feu», poursuit Nabil Alwazir. Malgré l’arrivée du ramadan, les uns et les autres ont prévu de rester à Genève jusqu’à samedi s’il le faut. Mais aux yeux de cet opposant, la condition du gouvernement – à savoir l’assurance d’un retrait des troupes d’Ansar u Allah – est une absurdité. «Et ces troupes seraient remplacées par qui? raille-t-il. Par Al-Qaida?»

Les tickets d’entrée au Palais des Nations sont chers. L’opposition n’y a pas encore mis les pieds