Alors que des pèlerins venus de tout le Kosovo continuent de venir, jour après jour, se recueillir au mausolée d'Ibrahim Rugova, sur les hauteurs de Velania qui dominent la ville de Pristina, la majorité des Albanais croient que les négociations devraient assez vite déboucher sur la reconnaissance d'une indépendance, certes probablement «conditionnelle», du Kosovo.

Dans un article récent, le journaliste Veton Surroi, également député du petit parti d'opposition ORA et membre de l'équipe de négociation, explique ainsi que «l'indépendance n'est plus la question», mais la nature de la société que deviendra le Kosovo, en soulignant qu'il faudrait que les minorités du Kosovo - les Serbes, les Rom ou les Slaves musulmans - perçoivent enfin le Kosovo comme leur pays.

La communauté internationale continue d'afficher l'objectif d'un «Kosovo multiethnique», mais en privé, certains responsables de la Mission des Nations unies (Minuk) reconnaissent eux-mêmes que tous les investissements dans les enclaves serbes ont été quasiment suspendus ces derniers mois.

Un point essentiel des discussions de Vienne devrait tourner autour de la décentralisation, c'est-à-dire des possibilités qui seraient offertes aux Serbes de disposer d'une auto-administration locale et de relations privilégiées avec Belgrade. Les dirigeants serbes ont néanmoins refusé jusqu'à présent d'examiner la plate-forme proposée par les représentants albanais sur ce point.

Exigences serbes

Ces derniers insistent sur la fin des «institutions parallèles» serbes. En effet, dans les enclaves du Kosovo, les systèmes d'éducation et de santé continuent de dépendre de Belgrade, qui paie les salaires des employés des administrations publiques, ainsi que les retraites et les pensions sociales. L'arrêt de ces financements sonnerait probablement le glas de la présence serbe au Kosovo.

A Vienne, les efforts internationaux vont surtout viser à faire accepter aux Serbes la pilule amère d'une accession progressive du Kosovo à l'indépendance, et la marge de manœuvre de Belgrade paraît bien étroite. Tomislav Nikolic, le chef du Parti radical serbe (extrême droite nationaliste), réclame que la Serbie proclame le Kosovo «territoire occupé», et les subtils marchandages qui caractérisent la vie politique serbe pourraient entraîner une chute rapide du gouvernement de Vojislav Kostunica, ce qui retarderait le processus de négociation.