Le procès du dirigeant italien d’extrême droite Matteo Salvini, accusé d’avoir bloqué illégalement en mer 147 migrants en 2019 lorsqu’il était ministre de l’Intérieur, a démarré samedi à Palerme, en Sicile.

L’audience, à laquelle assiste Matteo Salvini, se déroule pendant que 406 migrants, sauvés lors de plusieurs opérations au large de la Libye par le navire allemand Sea Watch 3 de l’ONG Sea Watch, sont arrivés dans le port sicilien de Pozzallo pour désembarquer, selon l’agence italienne AGI.

Le procès s’était ouvert le 15 septembre mais avait été renvoyé immédiatement. L’audience de samedi devrait être largement procédurale, le juge Roberto Murgia devant décider de la recevabilité des témoins présentés.

«Séquestration de personnes et abus de pouvoir»

Matteo Salvini, 48 ans, est le chef de La Ligue, parti anti-migrants d’extrême droite qui appartient à la coalition actuellement au pouvoir dirigée par Mario Draghi. Il est accusé de séquestration de personnes et d’abus de pouvoir pour avoir interdit le débarquement de 147 migrants secourus en mer par l’ONG Open Arms en août 2019.

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Il avait refusé pendant six jours d’accorder un port sûr au navire de l’ONG espagnole qui mouillait au large de la petite île italienne de Lampedusa (au sud de la Sicile) alors que les conditions à bord s’aggravaient.

Les migrants n’avaient été autorisés à débarquer que grâce à une ordonnance émise par la justice sicilienne après une inspection à bord qui avait confirmé la gravité de la situation sanitaire sur le navire surpeuplé.

Connu pour ses déclarations controversées, notamment sur l’immigration, Matteo Salvini a été vice-premier ministre et ministre de l’Intérieur dans le premier gouvernement de Giuseppe Conte, de juin 2018 à septembre 2019.

«Pour le bien de l'Italie»

Il assure avoir agi pour le bien de l’Italie et pour dissuader les migrants de s’embarquer sur les côtes africaines pour une dangereuse traversée de la Méditerranée, soulignant que la décision avait été validée par le gouvernement de l’époque et Giuseppe Conte.

L’accusation a demandé que Giuseppe Conte figure sur la liste des témoins, ainsi que Luciana Lamorgese et Luigi Di Maio, actuellement respectivement ministres de l’Intérieur et des Affaires étrangères.

«Sauver des gens, une obligation»

«Voici le tribunal de la prison de Palerme», a tweeté depuis la salle d’audience M. Salvini avec une photo de lui-même debout devant une cellule réservée à certains accusés. «Le procès voulu par la gauche et les fans de l’immigration illégale commence: combien cela va-t-il coûter aux citoyens italiens?».

Devant le tribunal, le fondateur et directeur d’Open Arms, Oscar Camps, a assuré aux journalistes que le procès n’avait pas de motivation politique. «Sauver des gens n’est pas un crime mais une obligation, non seulement pour les capitaines mais pour l’Etat tout entier», a déclaré M. Camps.

Vingt-trois parties civiles, dont neuf migrants qui se trouvaient à bord, sont représentées au procès.

Le Sénat a voté l’an dernier la levée de son immunité parlementaire, ouvrant ainsi la voie à la tenue du procès de Matteo Salvini.

Dans une autre affaire similaire, le tribunal de Catane, également en Sicile, avait ordonné l’abandon des poursuites contre Matteo Salvini, mis en cause pour avoir bloqué en mer une centaine de migrants sauvés par le navire «Gregoretti» des garde-côtes italiens, toujours durant l’été 2019.