Des rassemblements de «gilets jaunes» ont débuté samedi pour une nouvelle journée de mobilisation à haut risque. Des premiers heurts et des tirs de gaz lacrymogènes ont été signalés à proximité des Champs Elysées et près de 500 interpellations ont déjà eu lieu à Paris où un dispositif de sécurité exceptionnel est déployé pour éviter les scènes de guérilla urbaine du weekend dernier.

Une grande partie des Français et notamment les Parisiens retiennent leur souffle dans la crainte de la répétition d'affrontements violents qui ont choqué dans le pays et à l'étranger et dont les images ont fait le tour de la planète. Nombre de musées, dont celui du Louvre, des grands magasins, la Tour Eiffel ont été fermés à Paris. De nombreux commerces, notamment dans l'ouest parisien qui concentre les lieux de pouvoir, ont été barricadés avec des panneaux de bois.

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Le 1er décembre avait été marqué dans la capitale par de violents affrontements entre manifestants et policiers, notamment autour de l'Arc de Triomphe, un des monuments emblématiques de la France, qui avait été dégradé. Barricades enflammées, pillages de commerces, saccages d'agences bancaires, nuages de gaz lacrymogène pour tenter de disperser «gilets jaunes» et casseurs: plusieurs quartiers du centre de Paris avaient été plongés dans le chaos.

Gardes à vue et interpellations

Pour ce samedi, plusieurs ambassades étrangères ont recommandé à leurs ressortissants d'être prudents en se déplaçant dans la capitale ou de reporter leur voyage. Près de 500 personnes ont déjà été interpellées dans la matinée, a indiqué la préfecture de police. Parmi eux, au moins 127 ont été placées en garde à vue. Les autorités ont renforcé les contrôles dans les gares et pratiquent la fouille systématique aux abords des lieux de manifestation. Pas moins de 89000 membres des forces de l'ordre sont mobilisés en France pour cette journée, dont 8000 à Paris.

Le gouvernement a multiplié les appels au calme et plusieurs figures des «gilets jaunes» ont appelé à défiler pacifiquement. Ces Français issus majoritairement des classes populaires et classes moyennes sont notamment excédés par la politique fiscale et sociale du gouvernement d'Emmanuel Macron, qu'ils jugent injuste et qu'ils dénoncent depuis trois semaines, manifestant et organisant des barrages filtrants et sit-in (parfois tenus jour et nuit) à travers le pays.

Manifestations lycéennes

Le recul du gouvernement sur la hausse des taxes sur le carburant, revendication première des «gilets jaunes», n'a pas permis d'apaiser un mouvement particulièrement défiant à l'égard des élites politiques et des partis politiques traditionnels auxquels ils disent ne plus croire. Ce mouvement déstructuré, évoluant hors des cadres établis, n'a pas de véritable leader, rendant épineuses les tentatives de négociation du gouvernement avec lui. La mobilisation des «gilets jaunes» est aussi devenue le creuset de plusieurs autres contestations, notamment des lycéens qui ont manifesté et bloqué des établissements ces derniers jours à travers le pays.

L'exécutif en a appelé au sentiment républicain des Français, montrant son inquiétude face à un éventuel risque de situation insurrectionnelle. De nombreuses restrictions de la circulation automobile ont été décidées pour samedi. A Paris, des dizaines de stations de métro sont fermées, de lignes d'autobus déviées, de stations de vélo en libre-service désactivées.

Délégation reçue à l'Elysée

Une délégation de «gilets jaunes» a été reçue vendredi soir par le Premier ministre Edouard Philippe. Le chef du gouvernement français «est conscient de la gravité de la situation», a déclaré un des membres de la délégation, Benjamin Cauchy. «Le Premier ministre nous a écoutés et a promis de porter nos revendications au président de la République. Maintenant nous attendons M. Macron», a dit un autre participant, Christophe Chalençon.

Le pouvoir d'achat des salariés, le transport, le logement, la fiscalité et l'accessibilité des services publics sont les cinq thèmes de concertation identifiés par les partenaires sociaux et le gouvernement.

Sur les réseaux sociaux, certains mots d'ordre évoquent clairement un changement de régime ou un départ du président Emmanuel Macron, devenu très impopulaire et régulièrement accusé par ses détracteurs d'être le «président des riches».