Arabie saoudite

Décapitations et coups de fouet: la routine saoudienne

Annoncé comme un réformateur à son arrivée sur le trône, le roi Abdallah a réprimé toute contestation après le Printemps arabe. La ligne dure devrait se poursuivre

Des châtiments d’un autre âge

Le 9 janvier, le blogueur Raif Badawi recevait 50 coups de fouet devant la foule à Djeddah. Le dissident devait en endurer 50 autres cette semaine. Il a été condamné à 10 ans de prison et 1000 coups de fouet, échelonnés sur vingt semaines, pour «insulte à l’islam». Mais des médecins ont une nouvelle fois repoussé cette seconde session. Il risquait de ne pas y survivre. Une semaine plus tard, la vidéo de l’exécution au sabre d’une femme accusée de meurtre était postée sur YouTube.

La cause paraît entendue. L’Arabie saoudite n’a rien à envier à l’Etat islamique, que le Royaume combat au sein de la coalition menée par Washington.

«Les deux situations ne sont pas comparables», tempère Adam Coogle, spécialiste de l’Arabie saoudite pour Human Rights Watch (HRW). «L’Etat islamique procède à des exécutions de masse d’opposants ou parmi les chiites. Rien de tel dans le Royaume wahhabite.» L’Arabie saoudite est toutefois l’un des pays qui recourent le plus à la peine de mort, après la Chine et l’Iran. En 2014, 87 personnes ont été exécutées, selon HRW, un chiffre stable par rapport aux années précédentes. Depuis janvier, 13 autres ont subi le même sort, dont plusieurs auraient été décapitées. La plupart des condamnés à mort étaient accusés de crimes de sang et près de la moitié des exécutions ont visé des étrangers, la majorité des résidents.

Promesses évanouies

Et dire que le roi Abdallah s’était présenté comme un réformateur lorsqu’il est monté sur le trône en 2005. «Les flagellations et les décapitations n’ont jamais cessé. Sauf que les images des coups de fouet contre Raif Badawi et celles de la femme exécutée ont fait le tour du monde», analyse Adam Coogle. Un policier accusé d’avoir filmé l’exécution aurait été arrêté. L’Arabie saoudite ne semble pas prête à renoncer à ces châtiments d’un autre âge, vus comme essentiels au maintien de l’ordre. Mais il ne faut pas que cela se sache à l’étranger.

L’an dernier, au Conseil des droits de l’homme, un diplomate saoudien avait interrompu une ONG parce qu’elle mentionnait le cas de l’avocat Waleed Abu al-Khair, condamné à 15 ans de prison pour avoir critiqué la dynastie des Saoud. «Ces dernières années, les persécutions contre les dissidents ont empiré», poursuit Adam Coogle. Raif Badawi, lui, animait un site – Liberal Saudi Network – prônant une ouverture démocratique. Les promesses de réformes du souverain se sont évanouies après le Printemps arabe de 2011. Les Saoud ont eu peur que la contestation se propage chez eux.

C’est ainsi qu’il faut comprendre l’expulsion sans ménagement de centaines de milliers de travailleurs étrangers ces deux dernières années: Ethiopiens, Yéménites, Philippins… Le Royaume wahhabite voulait réduire le chômage des jeunes Saoudiens, par crainte de troubles sociaux.

La ligne dure contre toute contestation devrait se poursuivre. L’une des premières décisions du nouveau roi Salmane est d’avoir maintenu et promu comme second héritier du trône le ministre de l’Intérieur, le prince Mohammed ben Nayef, grand artisan de la lutte antiterroriste, qui sert de prétexte à toutes les répressions.

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