Etats-Unis

Décret anti-immigration: deuxième échec pour Donald Trump

Un juge fédéral de Hawaï a déjà gelé le nouveau décret du président américain, qui fulmine et promet de se battre jusqu’à la Cour suprême si nécessaire

Et de deux. Donald Trump avait vu son premier décret anti-immigration gelé par la justice, voilà que sa deuxième variante, édulcorée, l’est aussi. Cette fois, c’est le juge fédéral Derrick Watson, de Hawaï, qui est à l’origine de la décision, valable pour tous les Etats-Unis. Le décret n’entrera donc pas en vigueur ce jeudi comme initialement prévu.

En déplacement à Nashville, dans le Tennessee, Donald Trump a rapidement réagi, en promettant d’aller «jusqu’à la Cour suprême, si nécessaire». Il juge la décision «erronée» et a fait savoir que la justice commettait «un abus de pouvoir sans précédent». Il regrette de ne pas avoir continué la bataille juridique pour le premier décret, une manière de dire qu’il pense qu’avoir présenté une variante remaniée était une mauvaise stratégie. Surtout, il a affirmé une nouvelle fois que «la Constitution donne au président le pouvoir de suspendre l’immigration lorsqu’il estime que c’est dans l’intérêt national».

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Dans un premier temps, le président américain voulait interdire, pendant 90 jours, aux ressortissants de sept pays à majorité musulmane (Syrie, Iran, Irak, Libye, Somalie, Soudan et Yémen) d’entrer aux Etats-Unis, avant de proposer des mesures définitives. Le décret devait aussi bannir pendant cent vingt jours l’accès aux réfugiés, toutes nationalités confondues, et sans limite temporelle pour les Syriens. C’est le texte promulgué le 27 janvier, qui a semé chaos et tollé. Il a été suspendu le 3 février. La deuxième variante reprenait les mêmes dispositions, mais avait exclu les Irakiens du «Muslim ban» et précisé que les réfugiés syriens n’étaient plus interdits de territoire américain de manière indéterminée, mais bien pendant cent vingt jours, comme les autres réfugiés.

Autres changements: les titulaires d’un permis d’établissement permanent et de visas valables ne sont pas concernés. Donald Trump était notamment revenu en arrière à propos des Irakiens parce que l’arrestation d’anciens interprètes irakiens qui travaillaient pour l’armée américaine avait choqué. Le gouvernement irakien avait aussi fait pression et rappelé sa collaboration avec Washington dans la lutte contre l’Etat islamique.

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«Des preuves d’animosité religieuse»

Mercredi, le juge Derrick Watson a justifié sa décision en déclarant que le gel temporaire du décret éviterait un «préjudice irréparable». Il a surtout été beaucoup plus loin que le premier juge: le magistrat hawaïen s’est appuyé sur plusieurs déclarations de Donald Trump concernant les musulmans pour conclure que le texte comportait «des preuves significatives et irréfutables d’animosité religieuse». Pendant sa campagne, le milliardaire new-yorkais avait à plusieurs reprises évoqué un «registre pour musulmans» et déclaré qu’il ne les voulait plus sur sol américain.

Le décret a également été contesté dans cinq autres Etats (Californie, Massachusets, Oregon, Maryland et New York). L’ACLU, qui est à l’origine des premières actions en justice, crie victoire. Donald Trump avait promis, en présentant la deuxième version du texte, que le décret serait inattaquable en justice, il a eu tort. Il clame agir au nom de la sécurité nationale et pour lutter contre le terrorisme, or la majeure partie des auteurs des attentats du 11 septembre 2001 provenaient du Pakistan et de l’Arabie saoudite, deux pays qui ne sont pas touchés par le décret. Et la plupart des attaques commises depuis l’ont été par des Américains.

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C’est l’Etat de Hawaï ainsi qu’un citoyen américain d’origine égyptienne qui officie comme imam, qui ont porté l’affaire devant la justice et sont à l’origine de cette première décision de gel. Le leader religieux avait argumenté qu’avec de telles mesures, sa belle-mère, Syrienne et sans visa valable, ne serait plus en mesure de lui rendre visite.

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