C’est le journaliste d’Associated Press Stephen Ohlemacher qui a levé le voile lundi soir. Hillary Clinton a atteint la barre des 2383 délégués pour décrocher l’investiture démocrate dans la course à la Maison-Blanche. En campagne électorale en Californie, à la veille d’une primaire dont la symbolique reste importante, l’ex-secrétaire d’État, un peu gênée par cette nouvelle prématurée de peur qu’elle démobilise ses troupes, est restée prudente: «Nous sommes sur le point d’écrire l’histoire […]. Mais nous continuerons à nous battre pour chaque vote» lors des primaires de mardi en Californie, dans le New Jersey et dans quatre autres Etats.

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Selon les comptes d’AP, confirmés plus tard par NBC, l’ex-First Lady dispose déjà de 2384 délégués. 1812 d’entre eux sont des «pledged delegates», les délégués obtenus tout au long des primaires démocrates et distribués en grande partie de façon proportionnelle aux votes remportés. 572 sont des super-délégués (élus du Congrès, gouverneurs, officiels du Parti démocrate). Ce coup de théâtre avant ce qui devait être une primaire cruciale en Californie s’explique par le fait qu’après sa victoire à Porto Rico, Hillary Clinton a obtenu le soutien de nouveaux super-délégués lui permettant d’atteindre le nombre magique de 2383.

Pour la candidate démocrate, c’est un moment historique. En plus de deux siècles, aucune femme n’a jamais atteint ce stade d’une campagne électorale pour la présidence des Etats-Unis. Aucune épouse d’un ex-président (Bill Clinton) n’a eu cet honneur. Après son amère défaite face à Barack Obama en 2008, Hillary Clinton réussit enfin son pari. Elle devra toutefois encore être confirmée par la convention démocrate de Philadelphie qui débute le 25 juillet prochain.

Une bataille de perdue, mais pas la guerre pour le clan Sanders

Le service de communication de Bernie Sanders a d’emblée exprimé son mécontentement, constatant que les médias annoncent déjà avant le super-mardi la victoire d’Hillary Clinton alors que 694 délégués seront en jeu dont 475 pour la seule Californie. Il a insisté sur le fait que le sénateur du Vermont n’allait pas livrer un discours de vaincu, les super-délégués pouvant, à ses yeux, encore changer d’avis d’ici à la convention. Dans le camp Sanders, la colère était perceptible lundi soir, certains n’hésitant pas à dénoncer un complot des médias contre leur candidat. Pour eux, le combat n’est pas terminé, ce d’autant qu’ils pensent que Bernie Sanders a une bonne chance de remporter une victoire symbolique importante en Californie.

L’attitude qu’aura Bernie Sanders au cours des prochains jours va sans doute être cruciale si le Parti démocrate souhaite se rassembler afin de battre celui que personne ne souhaite voir accéder à la Maison-Blanche: le républicain Donald Trump. En 2008, le sénateur «socialiste» du Vermont était moins à cheval sur la notion de super-délégués, apportant son soutien à Barack Obama avant que les super-délégués n’aient voté en sa faveur à la convention de Denver. Aujourd’hui, il estime, non sans arguments valables, que le système des super-délégués est antidémocratique et qu’il est biaisé en faveur des candidats de l’establishment. Nombre de démocrates reconnaissent que ce système a besoin d’être réformé, mais pas en pleine campagne des primaires, car aussi bien Bernie Sanders qu’Hillary Clinton connaissaient les règles du jeu au début de la campagne électorale.

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Les chiffres restent néanmoins clairement favorables à l’ex-secrétaire d’État. Avant les primaires d’aujourd’hui, Bernie Sanders n’a gagné que 21 primaires contre 29 pour Hillary Clinton. Il a glané 1520 délégués et 46 super-délégués pour un total de 1566. Il perd donc sur tous les fronts. Là où le sénateur peut prétendre avoir «battu» Hillary Clinton, c’est en termes d’enthousiasme. Bernie Sanders a attiré des millions d’Américains lors de ses meetings électoraux, suscitant un engouement qui faisait clairement défaut lors des meetings de l’ex-First Lady.

Ce qui pourrait finalement inciter l’ancien maire de Burlington à se rallier derrière sa rivale Clinton, c’est l’intervention prévue de Barack Obama le jour après ce super-mardi. Le président démocrate entend intervenir massivement dans la campagne présidentielle comme aucun de ses prédécesseurs à la Maison-Blanche ne s’est aventuré à le faire. Il viendra soutenir Hillary Clinton après avoir parlé à Bernie Sanders. Les outrages de Donald Trump seront-ils suffisants pour rassembler les démocrates? Le sénateur du Vermont ne souhaite certainement pas rester dans l’histoire comme celui qui aurait permis au milliardaire new-yorkais d’accéder au Bureau ovale.