Opérations de secours et évacuations se poursuivaient au Texas, où une accalmie dans les précipitations et un début de décrue des eaux révélaient l’ampleur des dégâts causés par la tempête tropicale Harvey. La tempête a jusqu’à présent fait au moins 38 morts, mais le bilan pourrait s’élever, les secouristes craignant de découvrir de nouvelles victimes.

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Dans le comté texan d’Orange, à la frontière de la Louisiane, la Garde nationale continuait d’évacuer des personnes coincées sur des routes encore inondées. Orange fait toujours l’objet d’ordres d’évacuation, parfois défiés par les habitants comme Lonnie et Missy Givens qui ont refusé de quitter leur maison, malgré le ballet des hélicoptères et des bateaux autour d’eux. «Je n’ai jamais vu une tempête comme ça», racontait Missy jeudi, en constatant l’étendue des dégâts.

A quelques rues de chez elle, où l’eau est montée à près d’un mètre, les traces du passage de Harvey restaient bien visibles: arbres déracinés, pylônes électriques arrachés… A moins d’un kilomètre de là, une équipe de sauveteurs en bateau continuait ses opérations. En deux jours, ces volontaires pensent avoir sauvé des eaux entre 100 et 250 personnes. «Beaucoup d’entre eux pensaient que personne n’allait venir les chercher», a confié l’une des volontaires, Heather Lisotta, une femme au foyer de 28 ans.

Entre 30 et 100 milliards de dollars de dégâts

Dans le sillage de Harvey, la décrue révélait l’ampleur des dégâts matériels, qui pourraient atteindre entre 30 et 100 milliards de dollars: maisons immergées jusqu’au toit, caravanes couchées sur le flanc et également noyées, navires de plaisance renversés, entrepôts démolis et aux stocks disséminés sur des kilomètres…

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Selon la Maison-Blanche, 100 000 foyers ont ainsi été touchés par la catastrophe. Les accalmies dans les précipitations ont permis d’accélérer les hélitreuillages des victimes, souvent à bout de forces et transies par l’humidité, obligées de tout abandonner sauf, parfois, leur animal domestique.

Un hôpital dans le sud-est du Texas, dans la ville de Beaumont, a ainsi été le théâtre jeudi d’un ballet d’hélicoptères auxquels se sont joints les Black Hawks de l’armée pour prendre en charge les plus fragiles des quelque 200 patients de l’établissement, les autres étant évacués par voie terrestre.

Crainte d’une pollution chimique

L’eau potable a été coupée dans la ville en raison de la défaillance du système de pompage et de nombreuses routes sont encore fermées. Dans toutes les zones inondées du Texas et de la Louisiane, pompiers et policiers procédaient en parallèle à un harassant porte-à-porte à la recherche de personnes oubliées.

Au fléau des inondations s’est ajoutée la peur d’une pollution chimique, après un incendie accidentel dans une usine texane qui libérait un panache de fumée irritante mais pour l’instant sans concentration toxique. Ces produits instables et très inflammables se consumaient dans un site industriel opéré par le groupe français Arkema, autour duquel a été mis en place un périmètre d’évacuation de trois kilomètres. Huit conteneurs menaçaient encore jeudi soir de s’enflammer.

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Inondée et privée d’électricité donc de capacité de réfrigération de ses matériaux hautement inflammables, l’usine d’Arkema fabrique des peroxydes organiques, un composé entrant dans la fabrication de plastiques. Le feu n’a pas généré «une concentration inquiétante de matériaux toxiques à l’heure actuelle», a affirmé l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA).

Le vice-président à la rencontre des victimes

Avec son épouse Loyce, Lane Averett a dû abandonner sa maison située dans la zone à évacuer, pour s’installer dans un abri géré par une église de Crosby. Il a laissé ses animaux: un chien, trois chats et un petit veau. «Ils ont besoin de boire et d’être nourris aujourd’hui», s’inquiétait-il. «Ils parlent [de nous garder ici] aussi longtemps que sept jours. Le veau sera mort d’ici là, les bovins ne peuvent survivre après 72 heures sans eau.»

Le vice-président Mike Pence s’est rendu à la rencontre de victimes des inondations, dans la bourgade côtière de Rockport, entrant directement en contact avec les habitants, ce que le président Donald Trump n’avait pas fait lors de sa visite mardi. «Le peuple américain est avec vous. Nous sommes ici aujourd’hui. Nous serons ici demain. Et nous serons ici chaque jour jusqu’à ce que cette ville, cet Etat et cette région soient reconstruits […] mieux que jamais», a déclaré le vice-président.

Sa femme Karen a ensuite animé une prière, les résidents entonnant «Dieu bénit l’Amérique», puis Mike Pence a enfilé des gants pour aider symboliquement des bénévoles à nettoyer des débris. De son côté, la Maison-Blanche a demandé jeudi au Congrès de débloquer des fonds d’urgence. Le président Trump, qui doit revenir au Texas samedi, a lui promis de faire un don personnel d’un million de dollars.


Le Mexique au chevet des Etats-Unis

Le Mexique a exprimé ses condoléances aux Etats-Unis pour les victimes de la tempête Harvey et réitéré son offre d’aide, tandis que le président américain Donald Trump allait de l’avant dans son projet de mur frontalier. Le président mexicain Enrique Peña Nieto «exprime ses condoléances au peuple des Etats-Unis et aux familles des victimes» après le passage de la tempête Harvey, selon un communiqué jeudi du Ministère des affaires étrangères.

Le gouverneur du Texas, Greg Abbott, «a accepté l’aide offerte», affirme le communiqué. Le ministère se dit «dans l’attente des listes de produits de première utilité pour la population affectée». Le secrétaire d’Etat américain Rex Tillerson avait chaleureusement remercié mercredi le Mexique pour avoir proposé son aide au Texas.

Le Mexique avait annoncé dimanche avoir proposé son aide. Dans le même communiqué le Ministère des affaires étrangères avait toutefois de nouveau assuré que le Mexique ne paierait pas pour le mur anti-immigrés clandestins que Donald Trump veut bâtir à la frontière. Le président américain a répété à plusieurs reprises ces derniers jours que le Mexique paierait pour le mur d’une manière ou d’une autre. Les tensions entre les deux voisins concernent aussi la renégociation en cours du traité de libre-échange Alena entre les Etats-Unis, le Mexique et le Canada, dont Mexico accueille vendredi, jusqu’à mardi, le deuxième cycle. Donald Trump menace de se retirer de ce traité.