Par Thierry Herman

Spécialiste en rhétorique, Universités de Lausanne et Neuchâtel

thierryherman.ch

On l’a vu la semaine passée avec «Je vous ai compris», les discours historiques les plus célèbres tiennent parfois en une phrase clé. «Ich bin ein Berliner» est de celles-là. Cette phrase propose une double figure de rhétorique. Il s’agit d’abord d’un pérégrinisme, c’est-à-dire d’un emprunt à une langue étrangère. C’est un moyen efficace d’être en contact avec autrui: observez la réaction lorsqu’un chanteur anglais balbutie deux mots en français devant un public romand. Mais cela va au-delà dans le processus d’identification, puisque Kennedy propose également une métaphore. Comme il ne peut littéralement et à l’évidence pas être un Berlinois, il le devient symboliquement, montrant ainsi que les frontières géographiques s’effacent devant la communion idéologique sur la question de la liberté. Le discours s’affranchit aussi des contingences temporelles, puisque le parallèle est tiré avec l’Empire romain. Le caractère indivisible de la liberté proclamé par JFK trouve sa forme dans l’indivision et la solidarité manifestées par cette phrase.