Par Thierry Herman

Spécialiste en rhétorique, Universités de Lausanne et Neuchâtel

thierryherman.ch

Lire ce discours, c’est perdre la moitié de sa rhétorique. C’est en effet un discours à écouter, tant les intonations et le rythme accompagnent musicalement des figures de répétition organisées pour monter en puissance. Sous la tutelle de Lincoln, le discours emprunte au discours politique, mais aussi au sermon, sinon à la poésie. La rhétorique est ici un art total: Luther King exploite la symbolique du lieu (le Lincoln Memorial), convoque des références cardinales comme la Constitution, amplifie par le ton des anaphores rhétoriques qui sont autant d’appels à l’espoir («I have a dream» et «Let freedom ring» répétés huit fois en tête de phrase) pour transmettre un message simple: égalité et liberté; «freedom» est martelé vingt fois. Ce message pourrait être simplement idéaliste, mais le rêve, «profondément inscrit dans le rêve américain», est à portée de main: la multitude de noms de lieux comme les allusions aux textes fondateurs des Etats-Unis incitent à en faire une réalité historique.