Par Thierry Herman

Spécialiste en rhétorique, Universités de Lausanne et Neuchâtel

thierryherman.ch

Le discours de Gandhi à ses juges est l’illustration même de ce que l’avocat Jacques Vergès appellerait une défense de rupture. La plupart des grands discours de cette série estivale émergent dans des cadres institutionnels qui les cadrent avec bienveillance. Ici, Gandhi accepte certes l’institution de la justice en se soumettant au procès, mais tout en déniant la légitimité des juges. Il en ressort un discours proche du renversement carnavalesque: «J’ai le bonheur d’être accusé», «me soumettre d’un cœur joyeux au châtiment le plus sévère».

Plutôt que l’attaque frontale des institutions que l’on pourrait avoir dans des pamphlets vibrants d’indignation, Gandhi choisit de faire de la justice une coquille vide, le tout dans sa dignité d’être humain déçu dans tous ses espoirs malgré une coopération passée. La force de la pensée de Gandhi est que cette sortie d’un système néfaste pour l’Inde n’implique pas de se constituer en ennemi. Le refus peut ainsi être plus fort, plus désarmant même, que la contre-attaque frontale.