L'heure est passée et le retournement que beaucoup d'Israéliens appelaient de leurs vœux ne s'est pas produit. C'est bien Ehud Barak qui s'opposera mardi prochain au faucon Ariel Sharon. Le candidat travailliste avait jusqu'à vendredi matin pour se désister en faveur de la colombe Shimon Peres, que les sondages plaçaient en meilleure position. Mais il a refusé de céder devant la pression des amis de son rival potentiel, allant jusqu'à le qualifier de «comploteur» et de «saboteur». Désormais, il est seul pour défendre les couleurs de la gauche.

Il sera seul aussi à porter le poids de la défaite. Car, sauf extraordinaire coup de théâtre, le candidat Barak va subir l'échec le plus retentissant de toute l'histoire d'Israël. Vendredi, deux sondages lui donnaient respectivement 16 et 21 points de retard sur Sharon. Même ses plus proches collaborateurs reconnaissent désormais que tout semble fini.

Mais Ehud Barak persiste. Selon lui, c'est seulement maintenant, débarrassé du «handicap Peres» que sa campagne peut vraiment commencer. «Je suis en paix avec moi-même et je suis confiant», disait-il dans une interview parue vendredi dans le journal Ma'ariv. Derrière lui, pourtant, tous les poids lourds travaillistes ont déjà commencé à se distancier, pensant au lendemain de l'élection et à la place du président du parti, qui devrait rapidement se libérer.

«Barak a déçu beaucoup de gens», soupire Irena Steinsfeld, professeur et l'une des figures importantes du mouvement Peace Now. Le «camp de la paix», dont beaucoup de membres ont activement travaillé en faveur de la candidature Peres, en a les bras qui tombent. A sa gauche, c'est surtout la manière de Barak qui révulse. «Il a lancé des propositions aux Palestiniens sur le mode: «Vous prenez ou vous crevez!» C'est insupportable.»

Vendredi, Irena Steinsfeld mettait la dernière main aux pancartes qui parsèmeront la manifestation qu'organise Peace Now ce week-end. «Il faut continuer à lutter pour la paix»: un slogan minimaliste pour un mouvement que les violences ont fortement désorienté. Faute de se mettre d'accord sur un thème plus actuel, c'est contre… la guerre du Liban de 1982 que sera dirigée la manifestation, et plus précisément contre les violences de l'extrême droite, qui, à cette époque, avaient coûté la vie à un militant pacifiste. «Qui dit guerre du Liban, pense immédiatement Ariel Sharon», explique le professeur faisant référence au rôle central joué par le chef du Likoud dans le déclenchement du conflit.

Entre Sharon, le fauteur de guerre, et Barak, le répudié, le choix est restreint pour les électeurs de gauche. Une grande publicité s'étalait vendredi dans les journaux, où quelques dizaines de personnalités leur demandaient de s'abstenir ou de voter blanc. Ce que feront sans doute aussi une grande partie des Arabes israéliens et des nouveaux immigrants, russes notamment, déçus par Barak mais peu attirés par le faucon du Likoud. «Moi je voterai Barak, tranche pourtant Irena Steinsfeld. J'ai deux candidats en face de moi, et mon devoir de citoyenne est de choisir parmi eux.»