La droite française va boire la coupe jusqu’à la lie. Si l’on en croit les derniers sondages, elle réalisera dimanche un score historiquement bas: 36% au second tour des élections régionales, contre 56% à la gauche, selon l’institut CSA.

Plusieurs des huit ministres alignés dans ce scrutin pourraient sombrer. En Aquitaine, Ifop prédit 29% des voix à celui du Travail, Xavier Darcos, contre 59% au socialiste Alain Rousset. En Poitou-Charentes, le secrétaire d’Etat aux transports Dominique Bussereau obtiendrait un piètre 37%, face à une Ségolène Royal triomphante à 63%.

Ultime coup de reins

Même la conservatrice Alsace, ainsi que la Corse, risquent de tomber entre les mains de la gauche, qui contrôle déjà 20 des 22 régions métropolitaines. L’UMP, le parti de Nicolas Sarkozy, emporterait la lointaine île de la Réunion. Mais ce succès n’empêchera pas le constat d’ensemble: c’est une majorité diminuée qui s’engage dans la dernière ligne droite avant la présidentielle de 2012.

Le chef de l’Etat a bien tenté de remobiliser son électorat, en donnant cette semaine un ultime coup de reins sécuritaire. Après la mort d’un policier tué par un membre de l’ETA, il a proposé d’infliger 30 ans de prison incompressibles à tout meurtrier d’un agent des forces de l’ordre. Mais c’est sans doute trop peu, trop tard. «Il est clair qu’on n’a pas fait une belle campagne», estimait dès dimanche la secrétaire d’Etat à l’écologie Chantal Jouanno.

Un mécontentement aigu commence à s’exprimer à droite, et il vise les fondamentaux de la méthode Sarkozy. D’abord l’organisation de la majorité autour de l’UMP, «parti unique monocorde, fondé non pas sur la diversité de ses composantes mais sur l’autorité d’une hiérarchie rigide», critique l’ancien ministre Hervé de Charette dans Le Monde.

Le temps de la réflexion

Ensuite, l’ouverture à des personnalités de gauche, qui aurait découragé les électeurs de droite sans apporter de bénéfice tangible. Parmi les victimes expiatoires du remaniement prévu au lendemain des élections, le nom du ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est celui qui revient avec le plus d’insistance. Mais Nicolas Sarkozy pourrait se contenter de changements cosmétiques, façon de montrer que l’échec des régionales ne l’impressionne pas.

Troisième cible des mécontents: l’activisme tous azimuts, sans horizon idéologique clair. «Une réflexion s’impose désormais sur le rythme des réformes, la méthode selon laquelle elles sont lancées et préparées, la concertation qui les accompagne, la façon dont elles peuvent être mieux comprises et acceptées», écrivait cette semaine l’ancien premier ministre Alain Juppé.

Sur ce point, estime un élu sarkozyste, le changement est improbable: «En ce moment, les réformes sont soit impopulaires, soit elles n’ont pas d’effet dans la vie quotidienne. Quand une situation est pourrie, on a beau dire, on a beau faire, cela ne change rien.»

Reste qu’une ambiance délétère semble s’être installée entre le pouvoir et une partie de la majorité. En témoigne ce récit, relayé par un proche d’un parlementaire convoqué récemment à l’Elysée: «Sarkozy lui a dit: Tu as trente secondes pour me dire si tu es avec moi ou contre moi. Si tu es avec moi à 97%, c’est que tu es contre moi.» Le député a fait allégeance, mais serait ressorti ébranlé de l’entrevue.

Pourtant, selon le sarkozyste précité, il n’y a pas de «management par la terreur» à droite: «Même les députés les plus dissidents sont réinvestis. Il n’y a pas de menaces qui seraient mises à exécution contre eux. Mais c’est vrai, Nicolas Sarkozy n’a pas envie d’avoir une légion de ramollis et de pleurnichards.» Si elle se confirme dimanche, la défaite des régionales lui permettra de compter ses vrais fidèles.