France

Le défaitisme atteint le camp présidentiel

Nicolas Sarkozy est le président le plus impopulaire de la Ve République en fin de mandat. Certains ne croient plus la victoire possible

Les chiffres sont cruels. Au lendemain de la démonstration de force de la Concorde, Nicolas Sarkozy apparaît comme «le chef de l’Etat qui termine son quinquennat avec le plus faible taux de popularité des présidents sortants», selon l’indice publié lundi par l’institut Ifop. Le président achève son mandat avec 64% de Français insatisfaits et seulement 36% de satisfaits, «deux records sous la Ve République. Tous ses prédécesseurs avaient une popularité supérieure un mois avant l’élection présidentielle.» Même Valéry Giscard d’Estaing obtenait un taux de satisfaction de 40% en avril 1981.

Ces résultats, cumulés aux intentions de vote du premier tour qui se sont remises à descendre, alimentent le défaitisme dans le camp présidentiel. L’équipe de campagne continue à marteler que rien n’est joué, mais «au niveau des ministres et des ministères, on n’y croit plus», confie Matthieu Chaigne, cofondateur du site Délits d’Opinion. «Aujourd’hui, à moins d’une immense surprise, comme une dégradation subite de la situation économique espagnole, c’est plié.»

Après les drames de Toulouse et Montauban, le candidat avait bénéficié d’une embellie, mais elle n’a pas duré. «Le partage du temps de parole, l’impact très limité de la présentation de son programme de candidat et l’effet Mélenchon qui attire la curiosité loin du candidat de l’UMP, tout cela nuit à la campagne de Nicolas Sarkozy et mine la confiance de ses partisans», estime Jérôme Sainte-Marie de l’institut CSA.

La présentation du programme de Nicolas Sarkozy, le 5 avril dernier, après une longue attente censée entretenir le suspense, a en effet fait «un flop», confirme Matthieu Chaigne: «Les mesures ont été déflorées au cours de la campagne et la présentation a perdu en puissance et en impact. Quant à la lettre aux Français de 35 pages, elle est indigeste.»

Recentrage?

Par ailleurs, la profusion des propositions – une par jour avait annoncé le candidat – n’a pas produit l’effet escompté. Aucune ne s’imprime dans l’opinion, elles donnent l’image d’un «candidat pochette-surprise», selon l’expression de François Hollande, et l’ensemble reproduit l’image du président vibrionnant. Les attaques contre le socialiste détournent également l’attention du fond. Nicolas Sarkozy les a d’ailleurs soigneusement évitées dans son discours de la Concorde. Comment aller de l’avant? Dans l’équipe de Nicolas Sarkozy, deux lignes s’affrontent. Certains sont partisans de poursuivre sur la ligne très droitière; d’autres conseillent un recentrage pour séduire les électeurs centristes et préparer leur ralliement au second tour.

Autre problème, le second tour. Dans les sondages, «l’écart se creuse et en regardant ces chiffres, plus personne ne peut y croire», assène Matthieu Chaigne. François Hollande est donné gagnant aux alentours de 55%; surtout, le bloc de gauche rassemblant les électeurs d’extrême gauche, du Front de gauche, du PS et les écologistes pèse environ 46 à 47%, ce qui est particulièrement haut historiquement.

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