L’information remonte à la mi-janvier. Alors que le face-à-face diplomatique entre l’Otan et la Russie apparaît déjà sans issue, une nouvelle filtre d’Ottawa, la capitale fédérale du Canada: le déploiement d’un contingent des forces spéciales canadiennes en Ukraine. «Ces opérations font partie d’une tentative des alliés de l’OTAN pour empêcher l’agression russe et trouver des moyens d’aider le gouvernement ukrainien», note le communiqué officiel.

Autre information, beaucoup plus récente et justifiée par Washington par la nécessité d’évacuer le personnel diplomatique présent à Kiev: les rotations effectuées ces derniers jours, à la frontière Pologne-Ukraine, de deux appareils des forces spéciales américaines. Tandis que, du côté britannique, une trentaine de commandos du «Ranger Régiment» avaient accompagné, quelques jours plus tôt, une livraison de 2 000 lanceurs de missiles anti-tank NLAW (Next generation Light Antitank Weapon) à l’armée ukrainienne…

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Le trait commun à toutes ces opérations, dont il est évidemment impossible de quantifier l’importance: l’assistance en cours déployée, hors de ses frontières territoriales, pour épauler la résistance de l’Ukraine par la plus puissante coalition militaire au monde. Une assistance plongée aujourd’hui dans l’obscurité de ce conflit jusque-là très peu filmé et très peu documenté. Les appareils de surveillance de l’Otan qui avaient, ces dernières semaines, multiplié les opérations aériennes ISR (Airborne intelligence, surveillance, and reconnaissance) sont officiellement prohibés du ciel Ukrainien, de facto fermé par la Russie après son agression du 24 février.

Drones RQ-4D

Mais, outre la poursuite de la surveillance satellitaire du territoire ukrainien et de l’avancée des forces russes, un autre moyen existe qui permet de ne pas exposer les avions de reconnaissance américains et britanniques employés auparavant depuis les bases de Fetesti (Roumanie), Lask (Pologne), Malaky (Slovénie), Papa (Hongrie) et surtout Incirlik, l’épicentre aérien oriental de l’Alliance en Turquie.

Il s’agit des drones RQ-4D, dérivés du Global Hawk Block 40 Américains, opérationnels depuis 2019 dans le cadre du système AGS (Capacité alliée de surveillance terrestre), un programme dont les pays est européens membres sont la Bulgarie, la République tchèque, l’Estonie, la Lettonie, la Lituanie, la Norvège, la Pologne, Roumanie, la Slovaquie et la Slovénie. S’y ajoutent les drones turcs Bayraktar TB2 achetés par l’Ukraine à la Turquie ces dernières années.

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Assistance de forces spéciales au sol pour aider à l’identification des objectifs russes, surveillance par satellite ou drones… Ces opérations clandestines n’ont évidemment de sens que si les livraisons d’armes suivent et que les chaînes logistiques de l’armée ukrainienne forte de 200 000 hommes et environ 2500 tanks ne sont pas rompues. Or sur ce plan, quelques informations montrent que le soutien occidental est tout sauf cantonné à des promesses.

Matériel livré

Depuis l’automne 2021, des centaines de systèmes de lanceurs de missiles anti-tanks Javelin ont été livrés par le Pentagone. Autre matériel capable de doper la résistance: les fameux missiles portables Stinger utilisés jadis avec succès contre les forces et les hélicoptères russes durant la guerre d’Afghanistan dans les années 80. La Lituanie et la Pologne en auraient livré des contingents à Kiev.

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Une autre possibilité existe par ailleurs pour l’Otan, recommandée récemment par son ancien commandant en chef, le général américain Philip M. Breedlove: la modification des règles d’engagement aérien. «À l’heure actuelle, si un avion de combat américain survole la Pologne et rencontre des Russes en train de mener des activités néfastes, alors qu’il est en mission de police aérienne, le pilote américain ne peut rien faire, rien du tout, à moins qu’on ne lui tire dessus» a-t-il expliqué dans un magazine spécialisé. Nous devons passer de la police de l’air aux règles d’engagement de la défense aérienne». Un abandon de la stratégie défensive qui aurait, pour Moscou, valeur d’avertissement, empêchant l’aviation russe d’agir à sa guise sans risquer une lourde et meurtrière riposte.