«Défense antichar, barbelés et fossés freineront nos ennemis»

Ukraine Kiev craint une offensive des séparatistes

Pour Oleksandr Lytvynenko, un des responsables de la Défense, les accords de paix sont moribonds

Oleksandr Lytvynenko, secrétaire adjoint du Conseil de sécurité nationale et de défense de l’Ukraine, et qui après la démission du secrétaire général se trouve chargé de toutes les affaires, a fait du cessez-le-feu dans l’est du pays sa priorité. Il constate cependant que les séparatistes du Donbass et leurs alliés russes se préparent à une offensive, qui serait «une pure folie». Pour Le Temps, il explique comment les forces ukrainiennes se préparent au pire.

Le Temps: Le président russe Vladimir Poutine vous accuse de violer les accords de Minsk. Est-ce le cas?

Oleksandr Lytvynenko: Les tirs sont quasiment quotidiens depuis et malgré la signature du cessez-le-feu. Lorsque les séparatistes attaquent nos hommes, ces derniers sont obligés de répliquer. Ces escarmouches n’ont pas totalement compromis le processus enclenché à Minsk. En revanche, le référendum qui s’est tenu dimanche dernier dans le Donbass est une violation totale et sans précédent des accords. Le soutien accordé par Moscou à cette farce électorale torpille la paix.

– Le processus de paix est-il mort?

– Pas tout à fait, mais cela sera plus difficile maintenant. Seuls des pressions internationales, un retour au calme sur la ligne de front, le départ des forces russes et le désarmement progressif des séparatistes peuvent encore le sauver.

– En prenant des mesures contre les séparatistes, vous mettez de l’huile sur le feu?

– A Minsk, nous avons accepté un statut spécial pour les régions séparatistes. Mais avec le référendum, la loi est caduque. Nous travaillons sur un nouveau texte pour donner un statut à ces régions. Désormais, nous ne payerons plus pour les terroristes. Nous avons demandé à toute l’administration de quitter les régions insurgées; les salaires des fonctionnaires et les pensions des retraités ne seront plus versés. En revanche, nous sommes prêts à envoyer une aide humanitaire et nous continuerons à livrer l’eau et le gaz.

– Vous préparez-vous à une offensive des Russes?

– Les signaux sont rouges. Elle pourrait être imminente. Mais ce serait une folie. J’espère que le Kremlin et les séparatistes seront assez intelligents pour ne pas se lancer dans une aventure désastreuse. De notre côté, nous nous efforçons d’augmenter nos capacités militaires. Mais nos partenaires refusent de nous vendre des armes. Ils ont peur de la réaction des Russes. En attendant, nous renforçons la ligne de front. Défense antichar, barbelés et fossés freineront nos ennemis. Nous sommes plus forts qu’il y a un mois, mais pas encore assez forts pour résister aux troupes russes.