«Les Canadiens seront forcés de retirer leurs forces (d'Afghanistan) ou ils devront faire face à des opérations similaires à celles de New York, Madrid ou Londres», met en garde un membre du Comité de stratégie et d'information d'Al-Qaida, Hossam Abdul Raouf, dans un document publié à la fin de la semaine dernière par le quotidien The National Post.

Dans son dernier rapport sur le terrorisme datant de 2005, le Département d'Etat américain s'inquiétait de «la présence au Canada de nombreux terroristes et de leurs sympathisants». L'Algérien Ahmed Ressam, arrêté en 1999 à la frontière canado-américaine, alors qu'il tentait d'entrer aux Etats-Unis avec des explosifs, possédait un faux passeport canadien. Washington évalue à 350 le nombre de djihadistes présents au Canada.

Depuis la victoire des conservateurs en janvier dernier, le nouveau premier ministre Stephen Harper a fortement augmenté ses investissements en matière de sécurité. Lors de sa dernière visite à la Maison-Blanche, il a assuré que «le Canada et les Etats-Unis partageaient la même vision» sur cette question. Ce rapprochement n'a pas échappé aux mouvements terroristes. En juin dernier, un attentat a été déjoué à Toronto.

La dérive militariste d'Ottawa inquiète l'opinion publique canadienne. Les 2500 soldats canadiens basés en Afghanistan, à Kandahar, participent de plus en plus à des missions de guerre. Chaque semaine, des cercueils de soldats reviennent d'Afghanistan. Depuis janvier dernier, le budget consacré à la défense a considérablement augmenté. Les effectifs des Forces armées canadiennes devraient augmenter de 25% d'ici à cinq ans. Le Canada veut défendre sa souveraineté dans l'Arctique et accroître sa présence militaire à l'étranger. C'est un virage radical qu'a pris l'actuel pouvoir qui met fin à la politique non interventionniste lancée dans les années 1960 par l'ancien premier ministre et Prix Nobel de la paix Lester B. Pearson.

Les prises de position martiales du gouvernement Harper irritent l'importante communauté libano-canadienne. Lors du conflit entre Israël et le Hezbollah l'été dernier, Stephen Harper a soutenu inconditionnellement l'Etat hébreu. Le premier ministre avait auparavant supprimé l'aide canadienne à l'Autorité palestinienne.

Quel réchauffement?

Dans le domaine de l'environnement, Ottawa s'aligne aussi sur Washington. Stephen Harper et la ministre de l'Environnement, Rona Ambrose, ne cachent plus que le Canada ne cherchera pas à respecter le Protocole de Kyoto. Le gouvernement conservateur doit son arrivée au pouvoir grâce aux riches pétroliers de l'Alberta. Le chef de cabinet de Rona Ambrose, Darrel Reid, est l'ancien président de la branche canadienne d'un groupuscule de la droite religieuse américaine, Focus On The Family, dont le mouvement nie l'existence du réchauffement de la planète.

A la mi-octobre, la ministre a dévoilé un plan canadien de lutte contre les changements climatiques, inspiré du Clean Air Act américain. La loi canadienne sur la qualité de l'air n'a aucun objectif précis, même si le chef du gouvernement déclarait mi-octobre, ironique, que «nous allons remplacer les belles paroles par des mesures concrètes».

Selon les partis d'opposition, le projet de loi conservateur vise surtout à gagner du temps, puisque son adoption pourrait prendre de trois à quatre ans. En début de semaine, le chef du Bloc québécois, le souverainiste Gilles Ducceppe, a déploré à la Chambre des communes: «Le premier ministre semble ne pas accorder de crédibilité aux environnementalistes.»

Selon un document récemment publié par l'Agence de presse canadienne, le Canada est, après l'Espagne, le plus mauvais élève parmi les pays qui ont adhéré au Protocole de Kyoto. Entre 1990 et 2004, ses émissions de gaz à effet de serre ont augmenté de 26,6%, alors que les objectifs canadiens, lors de la ratification du protocole étaient de les diminuer de 6% par rapport à 1990. Lors de la prochaine conférence sur les changements climatiques qui se tiendra la semaine prochaine au Kenya, la délégation canadienne, qui, pour la première fois ne sera pas accompagnée par des représentants des mouvements écologistes, demandera une révision complète du Protocole de Kyoto.