Environ 10000 Ukrainiens ont manifesté mercredi contre la dissolution du parlement sur Maïdan, place centrale de Kiev et haut lieu de la Révolution orange, et en d'autres endroits de la capitale. «A bas Iouchtchenko!», «Iouchtchenko non», scandaient les manifestants à l'adresse du président. Ils brandissaient des drapeaux bleus du Parti des régions du premier ministre Viktor Ianoukovitch et des drapeaux roses du Parti socialiste, deux formations de la majorité pro-russe sortante.

Leurs slogans faisaient écho à celui de «Iouchtchenko oui» scandé fin 2004 par des centaines de milliers de partisans de la Révolution orange. Les manifestants étaient 12000, selon le service de presse de la police, quasi-absente sur place. «Je suis ici pour protester contre la décision anticonstitutionnelle et dictatoriale du président» de dissoudre le parlement, a déclaré Dmytro Flekman, 22 ans, militant du Parti des régions à Lviv (ouest), bastion des nationalistes ukrainiens. Les actes du président Iouchtchenko «mènent vers une guerre civile», affirmait une femme médecin d'une cinquantaine d'années.

Cour constitutionnelle

Une partie de la foule s'est ensuite dirigée vers le siège de la présidence où 7000 personnes ont manifesté avant le rassemblement plus massif devant le parlement cette fois. C'est à cet endroit que des centaines de partisans du premier ministre pro-russe Viktor Ianoukovitch avaient auparavant passé la nuit dans un camp de tentes. «Nous sommes ici pour empêcher qu'ils prennent le parlement», a expliqué un des campeurs.

Tous les regards sont désormais tournés vers la Cour constitutionnelle qui, saisie par des députés pro-russes, doit se prononcer a priori dans un délai d'un mois sur la légalité de la dissolution. Dans ce contexte, le président de la Cour constitutionnelle, Ivan Dombrovski, a présenté hier sa démission, qui a aussitôt été rejetée par les autres juges de cette institution.

De son côté, Viktor Ianoukovitch a proposé des concessions au président Iouchtchenko pour sortir de la crise et assuré qu'il respecterait la décision de la Cour constitutionnelle. Le premier ministre est allé jusqu'à envoyer au chef de l'Etat une délégation de femmes parlementaires munies de la Constitution et de la Bible pour tenter de le convaincre de revenir sur sa décision de dissoudre le parlement.

Le président Iouchtchenko a répondu en termes vifs aux critiques de ses adversaires dans les colonnes du quotidien économique britannique Financial Times. Le pays exigeait «une réponse ferme et immédiate», a-t-il déclaré, affirmant que la coalition gouvernementale «a outrepassé son mandat et tenté de monopoliser le pouvoir politique au prix d'une violation de la Constitution et de l'ignorance des souhaits du peuple ukrainien».