Prudence, discipline, cohérence… Au fil de sa présentation du projet de budget 2017, le ministre des Finances, Michel Sapin, s’est voulu très rassurant. Objectif: démontrer que la prévision d’un déficit public ramené, en fin d’année présidentielle, à 2,7% du Produit intérieur brut contre 3,3% en 2016 (soit environ 72 milliards d’euros), est non seulement sérieuse, mais tenable. Avec, à l’appui de la démonstration, une prévision de croissance à 1,5% pour 2017, égale à celle de 2016. Ceci, malgré le Brexit, les convulsions électorales américaines et le retour généralisé au protectionnisme.

Retour en dessous des 3% «improbable»

Problème: la confiance de Michel Sapin dans la capacité de la France à «tenir» son budget en période présidentielle n’est guère partagée. Le premier signal d’alarme a été tiré, dès mercredi, par le Haut conseil des finances publiques, autorité indépendante instituée par les nouvelles directives communautaires suite à la crise de 2008-2009. Dans un avis sévère, l’organisme estime que l’hypothèse de croissance pour 2017 «tend à s’écarter du principe de prudence qui permet d’assurer au mieux le respect des objectifs et des engagements pris». Le scénario d’un retour vertueux en dessous des 3% de déficit public est dès lors jugé «improbable». De quoi alimenter les critiques de l’opposition de droite qui pilonne les promesses de baisse d’impôts et les «artifices budgétaires» de François Hollande.

Au-delà de la bataille politique – plusieurs candidats à la primaire de la droite ont déjà affirmé qu’ils ne tiendront pas, s’ils accèdent à l’Elysée, la barre des 3% –, la question posée est celle du chemin emprunté par la France, seconde économie de la zone euro. Sur le papier, l’actuel gouvernement avance le chiffre de 46 milliards d’euros de réduction de dépenses publiques depuis 2013. Un chiffre à comparer avec l’explosion des dépenses sous le quinquennat Sarkozy, confronté il est vrai au séisme de la crise financière: un déficit record de 7,6% du PIB en 2009, puis de 5,8% en 2011. Sauf que le renversement de la courbe, depuis, a surtout consisté en un ralentissement de la progression des dépenses, et non en leur réduction nette. «Le drame de la France est que son modèle social coûte plus cher que la moyenne européenne, explique un haut responsable des comptes publics. A 55% du PIB contre 47% en moyenne pour la zone euro [soit 160 milliards d’euros de différence environ], la dépense française est moins productive.»

Réformes structurelles

La question, en arrière-plan, est celle des réformes structurelles que François Hollande, selon son ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron, n’a fait «qu’à moitié»: «La France, avec 1,5% de croissance en 2016 [contre 1,8% en Allemagne], est à son maximum poursuit notre interlocuteur. Comme si le moteur économique hexagonal avait un limitateur de vitesse qui empêche toute dynamique vertueuse de création d’emplois.» Quelque 50 000 nouveaux demandeurs d’emploi ont ainsi été recensés en août, pour un taux de chômage d’environ 10% de la population active, mais qui grimpe à 12, voire 13% si l’on y ajoute les catégories non recensées. S’ajoute un endettement public à hauteur de 98% du PIB (2137 milliards d’euros en mars 2016), toujours vulnérable à la moindre hausse des taux d’intérêt.